samedi 19 janvier 2008

Le petit homme rouge

Sur la côte dieppoise, on connaissait une sorte de lutin qu'on appelait le petit homme rouge, et qui était peut-être le même que le Nain rouge des falaises, auquel les pêcheurs s'adressaient pour qu'il gardât leurs filets.
Vers 1830, les vieilles femmes du Pollet racontaient à leurs petits-fils une de ses apparitions : comme il passait un jour sur le rivage alors que beaucoup d'enfants y jouaient, ils se moquèrent de lui ; mais le petit homme se fâcha, ramassa des pierres et se mit à les leur jeter. Il était tout seul, et cependant elles pleuvaient comme si cent bras les eussent lancées. Les enfants effrayés, allèrent d'abord se réfugier dans le bateau d'un pêcheur ; mais le nain les suivit et continua de les bombarder, si bien que, pour se mettre à l'abri, ils descendirent à fond de cale et y demeurèrent cachés. Cependant, ils entendirent les pierres résonner sur le pont pendant plus d'une heure. A la fin tout parut tranquille et ils virent que le petit homme avait disparu ; quant aux pierres, il n'en restait pas une seule sur le pont.

Les mauvaises fées et les sauniers

Dans le pays de Tréguier, des fées malveillantes faisaient jadis périr ceux qui s'aventuraient la nuit sur la grève.

Les paludiers de Crec'h Morvan, jaloux des sauniers de Buguelès dont le sel était de meilleure qualité, offrirent de payer à la Vieille Fée de Grwagez un boisseau de sel par jour à la condition qu'elle contrarierait leurs rivaux ; l'une de ses compagnes allait se poster sur la route tracée à travers la grève, et remplie de crevasses et de fondrières, par laquelle les gens de Buguelès transportait leur sel la nuit ; elle leur cachait les endroits dangereux et les précipices au fond desquels ils allaient souvent rouler avec leur charge. Comme ils disparaissaient l'un après l'autre et que le sel n'arrivait plus guère qu'en petite quantité à la sécherie de saint Nicolas, le saint leur dit que sans doute le diable les punissait d'avoir fraudé, et il les menaça de faire venir son sel de Crec'h Morvan.
Une nuit, au lieu d'envoyer les hommes comme d'ordinaire, le saint les remplaça par des femmes, qui se mirent à marcher à la file. A peine avaient-elles fait quelques pas, que celle qui était devant tomba dans une fondrière, mais ses compagnes, au lieu de l'en retirer, lui jetèrent de grosses pierres, et continuant leur route, arrivèrent sans encombre dans l'île. Le lendemain, elles furent bien étonnées de voir à son travail celle qu'elles croyaient avoir tuée. On la questionna, et elle répondit qu'elle n'avait pas bougé de chez elle. La nuit suivante, on trouva dans la fondrière, sur le tas de pierres, des habits de femme que l'on reconnut pour appartenir à l'une des mauvaises fées de Grwagez ; c'était en effet l'une de celles-ci qui était tombée dans la fondrière, en essayant d'y attirer les paludières. Depuis, tous les ans, les sauniers, pour conjurer le sort, jetaient dans ce trou des vêtements de femme avec une hotte de sel.

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