mercredi 16 janvier 2008

Pégase


Quand Méduse eut la tête tranchée par Persée, nous dit la mythologie grecque, du sang répandu naquit un étrange et merveilleux cheval au pelage blanc et qui portait une paire d'ailes.
Cet animal aussi rapide que le vent avait pour nom Pégase. Farouche, il avait la réputation de ne pas se laisser facilement approcher et s'envolait aussi souvent qu'il lui plaisait.

Néanmoins, la déesse Athéna aida le jeune Belléphoron à dompter le fringant coursier. Elle lui donna un mors d'or pur que Pégase accepta sans broncher, ainsi le héros put-il bénéficier des merveilleuses capacités d'une monture extraordinaire.

Mais Zeus prit ombrage de telles prouesses : il désarçonna le fier cavalier. Pégase fut accueilli dans le domaine des dieux, qui le placèrent parmi les constellations... où l'on peut toujours l'admirer.

La fée Herqueuche

La coutume et les rites de lessive ont disparu, mais la tradition nous a transmis le nom d'une fée lavandière vosgienne, de la méchante "Herqueuche", qui faisait avec ses compagnes la lessive du linge des sorciers.

Elle habitait, dit la légende, aux environs de Héchamont, localité qu'il m'a été impossible de situer, mais qui se trouvait, semble-t-il, aux environs de Remiremont.

Grande, sèche, raide, édentée, cachant sous un large chapeau de paille sa tête privée de cheveux, et sous d'immondes guenilles son corps décharné, elle veillait, sa sinistre besoogne faite à l'application rigoureuse des traditions et croyances qui avaient trait aux lessives de nos montagnards.

Faire la lessive pendant l'octave de la Toussaint et entre Noël et le Nouvel An porte malheur, disaient nos vieux aux maîtres de la maison. Le manquement à cette tradition était puni par Herqueuche ; aux lessiveurs et lavandières, elle appliquait de maîtres coups de battoir sur le dos et les reins, et si on la laissait monter sur le cuveau, une des personnes qui y avait son linge mourait dans l'année.

C'est ce qui se produisit maintes fois à Martimprey où, non contente de rudoyer les laveuses du lac, Herqueuche piétinait rageusement le linge entassé dans les cuveaux. Mais tout a un terme. Après le décès de l'une d'entre elles, les lavandières jurèrent de se venger. Et, un matin que la méchante fée arrivait, comme de coutume, au bord de l'eau, toutes, armées de leur battoir, tombèrent sur elle, et la noyèrent dans le lac.
Jadis, au crépuscule, on percevait de la route, les gémissements d'Herqueuche sortant des profondeurs des eaux. Ces lamentations cessèrent le 16 février 1609, lorsqu'une humble chapelle dédiée à sainte Anne fut édifiée sur les bords du lac où on lavait encore et que les pélerins y affluèrent.


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La fée Herqueuche pour les raisons que la légende expose clairement, a laissé le souvenir d'une fée agressive et méchante, mais aussi parce qu'au travers de ses interventions est invoquée la croyance ancienne aux "lavandières de la nuit", ces grandes femmes maigres (comme Herqueuche !) qui viennent, entre le coucher et le lever du soleil, faire la lessive des suaires et qui sont des "anaon", ces âmes errantes qui, dans l'Au-Delà, attendent la délivrance et doivent travailler en rémission de leurs mauvaises actions.

C'est bien pourquoi il ne fallait pas laver le Vendredi-Saint ou pendant l'octave de la Toussaint car c'eût été laver le linceul de l'un des siens. Et c'est pourquoi Herqueuche s'employait sans doute, à l'origine, à faire - durement peut-être - respecter la tradition et empêcher toute lessive les jours néfastes à cette activité.

Personnellement, je peux vous dire que dans ma famille (et je tiens à respecter cette tradition !), on continue à ne pas laver les draps (seulement les draps) le vendredi, sous peine de voir un membre de la famille mourir... Les draps faisant penser à un suaire... Or, je me souviens que, petite fille, il est arrivé quelquefois que l'on lave des draps ce jour de vendredi et la malédiction est tombée...

Pour en revenir à la fée Herqueuche, la légende, au fil du temps, confondant son personnage avec celui des lavandières de nuit, en a fait tout le contraire de ce qu'elle aurait dû être, l'accusant sans doute injustement de laver le linge des sorciers. On disait même, à Rochesson, qu'il ne fallait pas pétrir le pain entre Noël et la fête de la Circoncision, sinon la vieille et vilaine fée Herqueuche risquait d'apparaître et de jeter la pâte contre les murs....
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Image : Yan' DARGENT, Les Lavandières de la nuit

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