lundi 14 janvier 2008

Les groac'h

Les fées ou des dames aquatiques apparentées, qui demeuraient sous les étangs ou sous les lacs, figurent plus souvent que les génies mâles dans les légendes contemporaines, et leurs gestes sont quelquefois rapportés avec détail.

En Basse-Bretagne, on leur attribue d'ordinaire des actes méchants. Emile Souvestre a longuement parlé de la groac'h de l'Ile du Lok ; il avoue lui-même que cette localisation est arbitraire et que les conteurs placent la résidence de cette enchanteresse dans des endroits variés, et parfois imaginaires. Bien que fort arrangé et orné d'épisodes que l'on n'a point retrouvé dans la tradition bretonne, son récit constate tout au moins la croyance à un monde lacustre merveilleux.


Cette groac'h était une fée qui habitait le lac de la plus grande des îles Glénans ; et comme elle passait pour être aussi riche que tous les rois réunis, beaucoup de gens étaient partis pour s'emparer de ses trésors ; mais aucun n'était revenu.

Un jeune garçon aborde à l'île et, arrivé au bord de l'étang, entre dans un canot en forme de cygne qui s'anime tout à coup, l'entraîne loin du rivage, et plongeant avec lui sous l'eau, le dépose près d'un palais enchanté. Il rencontre la fée qui lui montre ses trésors, en lui disant que toutes les richesses qu'engloutissent les naufrages sont apportés à l'étang par un courant magique. Elle lui propose de l'épouser ; le garçon accepte, et la fée va pêcher des poissons qu'elle lui sert ; pendant qu'elle s'est absentée, il se met à couper les poissons avec le couteau de saint Corentin qui détruisait les enchantements ; les poissons redeviennent de petits hommes qui lui disent qu'ils ont été métamorphosés ainsi le lendemain de leur mariage avec la groac'h. Le garçon veut s'échapper, mais la fée jette un filet d'acier et le change en une grenouille qu'elle va aussitôt porter dans le vivier.


Retrouvez l'histoire compléte d'Emile Souvestre ici

Les fenettes du Rhône

Non loin des rives orientales du lac Léman, près de Noville, les eaux du Rhône laissent émerger plusieurs îles recouvertes d’arbustes et de roseaux. Un profond silence règne sur ces étendues marécageuses ; il n’est interrompu que par quelques bruits lointains, ou par un bruissement qui monte des roseaux agités par les vents. C’est d’abord un son doux et triste, puis un gémissement plus accentué, qui s’achève en voix étranges et parfois lugubres : c’est la voix des fenettes des îles, c’est-à-dire des petites femmes, fées cachées dans les îles ou les marais du Rhône. Tantôt on les entend pleurer avec la brise dans les rameaux des arbres, tantôt elles crient et gémisent avec le siflement des vents d'orage.

Ces fées, aux formes sveltes, aux traits fins, aux corps souples, aux yeux verts et aux longs cheveux, ne se laissent pas voir aisément. Mais lorsque les clameurs s’approchent, lorsque leurs gémissements semblent devenir plus distincts, le pêcheur se hâte de retirer sa ligne, le faucheur fait taire le bruit de sa faux, le chasseur s’éloigne, et chacun d’eux a bien soin de ne pas retourner la tête, de crainte de voir la fenette qui le poursuit : celui qui aurait vu venir à lui une de ces petites fées sauvages serait sûr de mourir dans l’année.


Suivant une autre version, la fenette des îles mugissait parfois comme un veau au pâturage, et elle était redoutée des pêcheurs. Presque partout d'ailleurs, on représente ces quasi-divinités comme dangereuses ou méchantes. Quelques-unes se tenaient dans le voisinage des cascades, et parfois même au milieu de leurs eaux écumantes, ou parmi les rochers qu'elles viennent arroser.

Une espèce de fée qui hante la cascade de Chadoulin, près du lac d'Allas en Dauphiné, s'empare de tous les gens qu'elle peut y entraîner et elle les dévore dans son antre caché sous les ondes ; c'est pour cela qu'on ne retrouve jamais les os de ceux qui ont disparu à cet endroit.

Les Dames vertes des Vosges, que l'on voit parfois le long des ruisseaux se contentaient de faire peur aux passants attardés : l'une d'elles se promenait à minuit sur le pont de la Vologne ; à peine le voyageur y avait-il mis le pied qu'une dame toute verte se dressait devant lui, l'entraînait au Saut des Cuves et, le saisissant par les cheveux, le balançait au-dessus de la cascade. Quand le pauvre hère épouvanté avait recommandé son âme à Dieu, elle courait le déposer où elle l'avait pris, et poussait de grands éclats de rire.
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