vendredi 11 janvier 2008

Les Dons des fées

C'était grande assemblée des Fées, pour procéder à la répartition des dons parmi tous les nouveau-nés, arrivés à la vie depuis vingt-quatre heures.
Toutes ces antiques et capricieuses Soeurs du Destin, toutes ces Mères bizarres de la joie et de la douleur, étaient fort diverses : les unes avaient l'air sombre et rechigné, les autres, un air folâtre et malin ; les unes, jeunes, qui avaient toujours été jeunes ; les autres, vieilles, qui avaient toujours été vieilles.
Tous les pères qui ont foi dans les Fées étaient venus, chacun apportant son nouveau-né dans ses bras. Les Dons, les Facultés, les bons Hasards, les Circonstances invincibles, étaient accumulés à côté du tribunal, comme les prix sur l'estrade, dans une distribution de prix. Ce qu'il y avait ici de particulier, c'est que les Dons n'étaient pas la récompense d'un effort, mais tout au contraire une grâce accordée à celui qui n'avait pas encore vécu, une grâce pouvant déterminer sa destinée et devenir aussi bien la source de son malheur que de son bonheur.
Les pauvres Fées étaient très-affairées ; car la foule des solliciteurs était grande, et le monde intermédiaire, placé entre l'homme et Dieu, est soumis comme nous à la terrible loi du Temps et de son infinie postérité, les Jours, les Heures, les Minutes, les Secondes.
En vérité, elles étaient aussi ahuries que des ministres un jour d'audience, ou des employés du Mont-de-Piété quand une fête nationale autorise les dégagements gratuits. Je crois même qu'elles regardaient de temps à autre l'aiguille de l'horloge avec autant d'impatience que des juges humains qui, siégeant depuis le matin, ne peuvent s'empêcher de rêver au dîner, à la famille et à leurs chères pantoufles. Si, dans la justice surnaturelle, il y a peu de précipitation et de hasard, ne nous étonnons pas qu'il en soit de même quelquefois dans la justice humaine. Nous serions nous-mêmes, en ce cas, des juges injustes.
Aussi furent commises ce jour-là quelques bourdes qu'on pourrait considérer comme bizarres, si la prudence, plutôt que le caprice, était le caractère distinctif, éternel des Fées. Ainsi la puissance d'attirer magnétiquement la fortune fut adjugée à l'héritier unique d'une famille très-riche, qui, n'étant doué d'aucun sens de charité, non plus que d'aucune convoitise pour les biens les plus visibles de la vie, devait se trouver plus tard prodigieusement embarrassé de ses millions.
Ainsi furent donnés l'amour du Beau et la Puissance poétique au fils d'un sombre gueux, carrier de son état, qui ne pouvait, en aucune façon, aider les facultés, ni soulager les besoins de sa déplorable progéniture.
J'ai oublié de vous dire que la distribution, en ces cas solennels, est sans appel, et qu'aucun don ne peut être refusé.
Toutes les Fées se levaient, croyant leur corvée accomplie ; car il ne restait plus aucun cadeau, aucune largesse à jeter à tout ce fretin humain, quand un brave homme, un pauvre petit commerçant, je crois, se leva, et empoignant par sa robe de vapeurs multicolores la Fée qui était le plus à sa portée, s'écria :
- Eh ! Madame ! vous nous oubliez ! il y a encore mon petit ! Je ne veux pas être venu pour rien. La Fée pouvait être embarrassée ; car il ne restait plus rien. Cependant elle se souvint à temps d'une loi bien connue, quoique rarement appliquée, dans le monde surnaturel, habité par ces déités impalpables, amies de l'homme, et souvent contraintes de s'adapter à ses passions, telles que les fées, les Gnomes, les Salamandres, les Sylphides, les Sylphes, les Nixes, les Ondins et les Ondines, - je veux parler de la loi qui concède aux Fées, dans un cas semblable à celui-ci, c'est-à-dire le cas d'épuisement des lots, la faculté d'en donner encore un, supplémentaire et exceptionnel, pourvu toutefois qu'elle ait l'imagination suffisante pour le créer immédiatement.
Donc la bonne Fée répondit, avec un aplomb digne de son rang :

- Je donne à ton fils... Je lui donne... le Don de plaire !
- Mais plaire comment ? plaire... ? plaire pourquoi ? demanda opiniâtrement le petit boutiquier, qui était sans doute un de ces raisonneurs si communs, incapables de s'élever jusqu'à la logique de l'Absurde.
- Parce que ! parce que ! répliqua la Fée courroucée, en lui tournant le dos ; et rejoignant le cortège de ses compagnes, elle leur disait :
- Comment trouvez-vous ce petit Français vaniteux, qui veut tout comprendre, et qui ayant obtenu pour son fils le meilleur des lots, ose encore interroger et discuter l'indiscutable ?
***
Le spleen de Paris -Charles Baudelaire



Méthodes conseillées pour rencontrer des elfes dans leur milieu naturel

En suivant ce protocole, vous entrerez tôt ou tard en contact avec les elfes.

1- Recherchez un endroit éloigné des agglomérations humaines et de préférence boisé, mais auquel vous pouvez accéder normalement : Vous devez pouvoir vous y rendre sans difficulté.
Les perturbations causées par un effort physique ou des sentiments de peur ou d'angoisse provoqueraient le rejet des Elfes.
Vous choisirez un lieu où personne ne vient jamais et vous renouvellerez votre expérience pendant plusieurs nuits comprises entre la nouvelle lune et la pleine lune, jamais l'inverse.

2- Procédez à une analyse honnête de vous-même pour vous assurer que votre désir secret n'est pas de vous vanter ensuite de cette expérience auprès de vos parents et amis. Comme les humains disposent d'un faible niveau de protection par rapport aux Esprits de la nature, nombre d'incidents regrettables peuvent survenir si vos intentions ne sont pas pures.
On ne peut mentir à un Elfe, au point que si vous vous mentez à vous-même, il le saura aussitôt. Pour prévenir tout risque, une petite préparation préalable n'est pas superflue. Plusieurs mois avant l'opération, ne faites pas usage de drogue, de tabac, ni d'alcool, alimentez-vous frugalement et menez la vie la plus pure possible, chasteté y compris.

3- Rendez-vous à l'endroit que vous avez choisi. Vous pouvez y aller seul ou en groupe (un petit groupe), mais toujours entre personnes de même motivation.
Prévoyez une tente de camping, mais vous pouvez aussi vous installer dans une cabane, s'il y en a une. Surtout, prenez place en faisant le moins de buit possible et en limitant les échanges verbaux au strict nécessaire. Pas question de faire la causette.
Question habillement, évitez les fibres synthétiques et, si vous portez des bijoux, seuls sont autorisés les pierres véritables et les métaux précieux.
Auparavant, ayez pris le soin de vous nettoyer le corps comme un sou neuf.
Quant à votre esprit, il doit être léger, ouvert, comme "posé" sur l'environnement, et surtout libre de tout préjugé, crainte, et même de toute attente. En clair : ne pensez à rien, c'est l'idéal.

4- Une fois votre esprit stabilisé, répétez-vous mentalement que vous ne voulez rien d'autre que voir ou prendre contact avec un Esprit de la Nature à des fins pacifiques.
C'est une bonne chose que d'apporter des offrandes aux Elfes : sucrerie aromatique, fruits, parfums que vous disposerez à cinquante mètres environ de votre campement.

5- Il ne se passera probablement rien la première nuit. Ne vous découragez pas et revenez sur les lieux chaque fois que cela vous sera possible. Asseyez-vous dans l'herbe ou sur une branche d'arbre et attendez depuis le coucher du soleil jusqu'à quelques heures après minuit.
N'emportez rien d'autre pour vous alimenter qu'un peu d'eau et une poignée de fruits secs, et débrouillez-vous pour être libre de tout autre besoin physiologique (les Elfes ne supportent pas la souillure).
Demeurez toujours éveillé. Si vous voyez un Elfe, maintenez un calme absolu. Si vous désirez lui dire quelque chose, faites-le, mais à distance et mentalement, en bougeant vos lèvres. L'idéal est d'essayer de parler seulement avec l'haleine, d'une voix à peine audible mais ferme et sûre. Vous pouvez demander aux Elfes ce que vous voulez - dans leur domaine de compétence - mais il y a un impératif : ne jamais prendre peur. Si cela vous arrive, considérerez l'expérience comme définitivement terminée. Celui qui cède à la panique et s'enfuit ne devra jamais répéter sa tentative dans cette vie et devra en outre réparer la faiblesse dont il a fait preuve, par des actes pieux et des dons anonymes, aux nécessiteux de la région où a eu lieu son expérience.

6- Ne racontez jamais cette expérience à des personnes qui pourraient se moquer de vous. Le mieux est encore de vous taire.

Comment vous comporter si vous vous retrouvez soudain entouré d'un groupe d'Elfes :
- Refusez toute nourriture et toute boisson
- Evitez tout baiser
- Prenez de l'eau bénite avec vous ; en cas de panique, les Elfes s'évanouiront

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