mercredi 9 janvier 2008

La clé

Les fées nous endorment,
nous ouvrent les portes de leur royaume,
qui se referment sur nous
sans qu'elles aient pris la précaution de nous en remettre la clé.

***
Jean Tréteau

La neige et ses causes pittoresques (2)

A l'idée de plumes se rattache peut-être une coutume du Hainaut : dès qu'il commence à neiger, les filles étendent leur tablier et disent qu'elles vont ramasser des oiseaux.
En Franche-Comté, les gros flocons de neige sont les goëles (chiffons) que fait en déchirant sa chemise, Tante Arie, génie aussi bienfaisant que Marie au Blé.
Dans le pays de La Hague, le bonhomme Hiver met aussi la sienne en morceaux
En Haute-Bretagne, la fée Fleur-de-Neige secoue son manteau blanc pour rafraichir la terre et renouveler l'eau des fontaines.

C'est également une assimilation d'aspect qui a fait donner aux flocons de neige le nom de mouches blanches, par lequel on les désigne en Forez et dans le Brabant wallon, et qui a inspiré la formulette que récitent les enfants du Luxembourg belge :

Les mouches d'Ardenne viennent,
Chauffons-nous, racontons des histoires
.

Quand il neige, les paysans d'Ille-et-Vilaine disent que les mouches pissent tout blanc, ou que les mouches de patience volent.
Dans le Doubs, on appelle les flocons de neige : les papillons de Boujaille, l'un des villages les plus froids de la région.
Le diable est parfoi sen relation avec ce phénomène : aux environs de Rennes, on dit par plaisanterie que les diables sont habillés en blanc ; à Paris, que le diable vanne son blé.
Dans le Cantal, quand il fait en même temps du vent et de la neige, on dit que le diable démêle les cheveux de sa femme.

Dans les Vosges, on dit lorsqu'il neige : "Voilà les fleurs de soumission qui tombent". Les bûcherons et les ouvriers du plein air veulent dire par là qu'il leur faut demeurer tranquilles et soumis à la maison, les ouvriers des usines qu'ils doivent filer doux pour éviter un renvoi qui les mettrait sur le pavé dans la mauvaise saison.

Dans les Ardennes belges, quand on voit quelques flocons en avril, on dit : "Voilà les biquets d'avril".
En Franche-Comté où le grésil est appelé Chevri (chevreau), lorsque la neige se mêle à la grêle "il tombe des chevris".

En Champagne, les enfants donnent aux flocons le nom d'écoliers de Paris ; celui qui a recueilli le dicton suppose ce nom avoir été inspiré par le grand nombre de flocons.

On appelle loups de neige, en Bourbonnais et dans plusieurs contrées voisines, des amas de neige poussés par le vent dans les ravins, les fosés, et même dans les sillons ; cette neige, qui a été tassée, est souvent très résistante aux dégels, et pour peu que ces amas soient exposés au nord ou à l'est, ils persistent bien que toute neige ait disparu sur le sol. Ces loups de neige, disent les gens de la campagne, sont le présage de neiges prochaines, car ces loups en attendent d'autres.
Dans les pays de montagne, on appelle "neige de coucou" celle qui tombe après que le coucou ait fait son apparition.

La neige et ses causes pittoresques (1)

Les blancs flocons de neige qui descendent des nuages sur la terre, lentement et parfois avec des mouvements ondulatoires, éveillent sans grand effort la comparaison avec un duvet qui flotte dans l'air, et elle a dû se présenter naturellement à ceux qui regardaient ce spectacle.

Lorsque les Scythes disaient que le pays au nord du leur était inaccessible à cause des plumes qui y tombaient de tous côtés, ils parlaient sans doute de la neige, et Hérodote qui nous a conservé ce trait, ajoute qu'en effet quiconque l'a vue tomber à gros flocons comprend facilement cette assimilation.

Elle se retrouve en diverses contrées d'Europe, et en France, plusieurs dictons la constatent.
En Champagne, en Haute-Bretagne, le bon Dieu plume ses oies.
Dans le Bocage normand, on ajoutait qu'il les plumait pour marier ses filles.
Parfois, c'est Saint Nicolas, plus rarement Saint Thomas - dont les noms ont peut-être été amenés par la rime ouas = oies - ou Saint Joseph à Saint Brieuc.
En Poitou, dans le Perche, la Loire-Inférieure, à Paris, c'est la Sainte Vierge.
Dans les Côtes-du-Nord, c'est la petite bonne femme.
Dans le Bocage normand, elle les plume pour marier ses filles à Pâques.
Au pays de La Hague, comme aussi à Paris, cet acte est attribué au "Bouenhomme Hivé".

En Béarn, lorsque, venant des montagnes, la neige tombe à gros flocons, on dit dans la plaine "Ossau (la montagne) plume ses oies".
Un singulier dicton bas-normand prétend que le bourreau de Saint-Malo plume ses oies
En Ille-et-Vilaine, lorsqu'il neige vers le Carême, les enfants crient :
Carnaval, tu t'en vas,
Petite bonne femme, plume tes houâs (oies).

Dans un conte littéraire de la Flandre française, la neige est aussi un duvet qui vient du lit de Marie au Blé : une jeune fille, protégée de ce génie, tombe dans un puits, mais au lieu de se noyer, elle arrive dans une étoile où elle retrouve Marie au Blé, la ménagère du ciel ; celle-ci la prend à son service et lui ordonne d'aller secouer au-dessus d'un grand trou, la couette de plumes, l'édredon et l'oreiller ; de menues plumes volent dans les airs, s'amoncellent et tombent en gros flocons, et d'en bas les bonnes gens voyant cette blanche fourrure descendre du ciel, disaient : "Il neige, Marie au Blé fait son nid".

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