lundi 7 janvier 2008

Puck

... Puck, alias Robin Goodfellow, alias Nick O'Lincoln, alias Lob-lie-by-the-Fire...
(Rudyard Kipling, Rewards and fairies)

Emploi du temps de Puck pour la semaine du tant au Temps :
Lundi :

Se lever avec Aurore, lui demander si elle a bien dormi et réveiller la campagne d'un flamboyant cocorico. Déjeuner d'une laitue fraîche, puis, en guise de gymnastique, faire une ceinture autour de la terre en quarante minutes.
Arroser la flore nouvelle : les anémones sylvies, les ficaires étoilées, les violettes, les primevères et par deux notes, rappeler le coucou au bois de chez nous. Chasser les dernières neiges. Rendre visite dans sa chaussure à la vieille Mother Goose et ne pas oublier de lui apporter mes chaussettes à repriser Emplir de poil à gratter de cynorhodon le chasublier de la sacrisitie. Rejoindre Dan et Una sur la colline et, par la magie "du chêne, du frêne et de l'aubépine", les transporter au temps où personne ne songeait à cimenter des pierres et construire des murs fermés sur les domaines enchantés.

Ensuite, sieste bien méritée sous le grand saule cendré avant d'aller décrocher les poissons des hameçons, éclabousser les lavandières, étrangler le linge et tacher la lessive d'encre de sureau. Emmêler les tiges de houblon de Master Dick, envoyer sa vache paître sur Saturne... et avant de lutiner Morphée, dire bonsoir au coucou.

Mardi :
Lulla, Lulla, Lullaby ! Lulla, Lulla, Lullaby !
On est mardi
Jour de marché à Tewkesbury !
Lulla, Lulla, Lullaby ! Lulla, Lulla, Lullaby !
Me changer en taureau fou !
Lulla, Lulla, Lullaby ! Lulla, Lulla, Lullaby !
Y semer la panique, vent de vent,
La ville sens dessus dessous !

Mercredi :
Profiter du passage de Mercure pour ramener des eaux astrales les cristaux à algues promis à Fleur des Pois, Toile d'Araignée, Phalène et Grain de Moutarde qu'ils puissent terminer avant la fête de mai les voilages de traîne de Titania... et puis rôder, rôder encore, rôder toujours ! Menant la bande lutine, du soir au matin, par tous les chemins, rôder...
Rôder par les ruelles de Windsor ! Boucher les cheminées, enfumer les auberges, libérer les clapiers, agiter enseignes et girouettes, culbuter les matronnes cul par-dessus tête. Rôder !
Puis, repu et engourdi de rires, de farces et de folies, s'endormir sur un quartier de lune.

Jeudi :
J'ai charge cette nuit de bouffon, d'amuser Obéron et sa noble cour d'ombres ; c'est pour égayer le vieux visage de chênes que je suis feu.
Will O'the Wisp, Jack-a-Lantern, Kit-candle-Stick, et Hinky Punk.
C'est pour le sourire nocturne des cueilleuses d'aspérules, des fouleuses de mousses, des dormeuses-sous-la-chanterelle que, ô voyageur si fol d'être si tard dehors, je vais vous égarer à travers les marais, les buissons, les fourrés, les ronces. Tantôt je serai cheval, tantôt chien, cochon, ours sans tête, tantôt flamme, et je vais hennir, et aboyer, et grogner, et rugir, et brûler tour à tour comme un chaval, un chien, un ours, une flamme... et puis m'éteindre au bout du chemin en allumant les étoiles... et emmener les enfants dans leur sommeil au pays deOle-ferme-l'Oeil.

Vendredi :
Me rappeler que le noeud à mon mouchoir est une invitation à poser, me faire "tirer le portrait" par
Arthur Rackham pour ses illustrations du Songe d'une nuit d'été.
Je ne lui demande pas un sou à condition qu'en contrepartie il réduise la taille de mes oreilles et la pointe de mon menton. J'espère que j'y rencontrerai de jolis modèles. Bottom m'a laissé entendre que l'atelier du maitre n'était pas dépourvu d'agréables créatures fort dévêtues.
Ensuite, thé à cinq heures au Fairies Club sur la branche du chêne de Snow-Hill, suivi d'une conférence sur le thème du brillant ouvrage de Katharine Briggs : The Anatomy of Puck... puis retour canaille par le Ring O'Belles et les pubs de York, et, pour terminer, soirée dansante sur les pelouses d'Hestercombe garden.

Samedi :
Aller chercher pour mon maître bien-aimé - le très grand roi Obéron- une fleur, et surtout ne pas me tromper d'espèce. A travers landes, collines, bois et halliers, trouver la "petite fleur autrefois blanche comme le lait et désormais empourprée par la flèche d'amour du jeune Cupidon", assez acérée pour percer cent mille coeurs, sur laquelle elle est tombée, que bachelettes et demoiselles nomment love-in-idleness avec tendresse.
Son suc - m'a appris mon noble maître que j'ai l'honneur et le bonheur de servir et faire sourire -, étendu sur les paupières endormies, peut rendre une personne, femme ou homme, amoureuse folle de la première créature vivante qui lui apparaît.

Dimanche :
Voilà la course accomplie. Voici la fleur cueillie, la tige pressée et le suc épandu sur les paupières closes d'un jeune homme, revêtu d'un costume d'Athénien, et endormi sous la branche du frêne.
Fleur de nuance pourprée,
Blessée par l'archer Cupidon,
Pénètre la prunelle de ses yeux,
Quand il cherchera son amante,
Qu'elle brille aussi splendide
Que la vénus des cieux.

Voici la formule mot pour mot récitée. Voilà l'enchantement à la portée du songe...

***
Image 1 : Puck and a Fairy, A Midsummer Night's Dream
Image 2 : 2004 Allen W. Wright


Description d'un Puck

De la taille d'un enfant de sept ans, tout dans sa pétulante physionomie exprime l'espièglerie et la malice, l'acralité du vif-argent ! L'oeil brillant et coquin, la bouche fendue et moqueuse, le profil effronté, le nez retroussé, les oreilles décollées et gaillardement pointues, le menton en estoc, les pommettes rieuses... et les petites cornes têtues, le puck a de la chèvre, des gènes bien marqués de Pan, des Robin Goodfellow et des Bacchantes nocturnes et collinières.

Vêtu d'un justaucorps vert, couleur des Elfes dont il est l'esprit ; chaussons pointus et bonnet vert, tel est en général comment il se présente. Mais on l'a déjà vu habillé en chèvre, en feuillage et même tout nu, l'effronté !

Il habite la cour féerique d'Obéron, en Inde. Mais chaque jour, chaque nuit, à tout instant, il hante et sillonne chaque colline, bois, bosquet, lande, rivière, rue et campagne de cette Angleterre où l'on se plait à l'espérer toujours.

Il se nourrit de ce qu'il chaparde et aussi des pommes de jeunesse d'Avallon, les élixirs des mois de mai d'Elfirie, la soupe d'orties, la grappe de sureau, le vin de primevère et de pissenlit, la fleur de coucou.

Esprit des collines, prince et rôdeur de nuit, bouffon des Fées, compagnon d'Obéron, Puck, le plus connu mais le plus insaisissable des Elfes, s'est, par ses déguisements et manigances, taillé un étourdissant costume d'Arlequin, en empruntant des losanges de vives couleurs aux caractères de ses voisins : aux Pixies, aux Brownies, aux Boggarts, aux Pooka, aux turbulents Esprits des marais, des landes, des bois et des collines, Peghs, aux feux follets et même au diable lui-même. Mais il n'y a qu'un seul Puck !


Plus espiègle que méchant, il fraternise avec les poètes et les enfants et ne s'attaque qu'à ceux qui le méritent.
Par contre, magicien étourdi et brouillon, de nombreux contes et histoires rapportent les burlesques conséquences de ses bévues.

***
Image : Puck, from A Midsummer Night's Dream, Act III, scene ii. (William Shakespeare)

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