mardi 27 novembre 2007

Les ancêtres des lutins

De petits êtres familiers et invisibles qui vivent dans les maisons, qu'ils protègent et où ils rendent de menus services ?

De petits dieux du foyer réservés à chaque famille et qu'il faut honorer ?

Nos aïeux de l'Antiquité grecque et surtout romaine en possédaient aussi. Ils les appelaient les pénates et leur réservaient de quoi manger lors de sacrifices et de prières, sur un autel de culte familial.

On sait que l'expression "regagner ses pénates" signifie "retrouver son foyer".

Les armes des héros

Les héros du cycle carolingien, auxquels on attribue la création de plusieurs fontaines, se servent d'une arme, qui a la même vertu que le bâton des saints.

Dans une légende basque, l'épée de Roland semble douée elle-même de ce privilège ; fatigué d'avoir massacré ses ennemis, et mourant de soif, il se reposait sous un arbre, lorsque le roi arriva et lui dit : " Ignores-tu le pouvoir de ton épée ! Frappe le rocher et l'eau sourdra !". Roland frappa le rocher et il en sortit une source fraîche qui s'appelle encore la Fontaine de Roland.

A Nassoigne , dans le Luxembourg belge, on montre une fontaine appelée pépinette, que le roi Pépin fit jaillir d'un coup de lance. Cette propriété accordée aux armes des personnages héroïques est au reste ancienne : on faisait voir, en Laconie, au deuxième siècle de notre ère, une fontaine qu'Atalante, altérée par la chasse, avait fait sourdre en frappant le rocher de son javelot.

Les deux légendes ci-dessus ne mentionnent aucune prière ; mais le plus souvent les héros, en pareil cas, implorent le secours de la divinité. En présence de l'ennemi, les Francs postés sur les hauteurs de Passa, étaient brûlés par une soif si ardente qu'ils laissaient tomber leurs armes. Charlemagne, plein de confiance en la Vierge, l'invoque avec ferveur et plongeant son épée dans le lit d'un torrent desséché, en fait sortir une source abondante.
Près de Fossé dans les Ardennes, l'armée allait mourir de soif, quand le grand empereur fit jaillir une fontaine en frappant la terre de son épée.
D'après un récit des Ardennes belges, les soldats de Charles souffraient aussi cruellement du manque d'eau, lorsque leur chef saisissant une lance, la planta dans le roc, en adressant à Dieu une prière ; soudain sortit une source qui depuis n'a jamais tari, et l'on montre en haut de ces escarpements la Fontaine de l'Empereur, qui suinte de rocher en rocher jusqu'au bas de la vallée.

Suivant des contes populaires, le prince ou empereur Charles campait dans la plaine de Toulon (Dordogne). Comme les ennemis avaient empoisonné la source, et que les soldats étaient dévorés par la soif, le prince, l'âme livrée au désespoir, restait immobile, appuyé sur le pommeau de son épée, lorsque tout à coup, il aperçut des filets d'eau que la pointe de son glaive faisait jaillir, et quelques moments plus tard le gouffre de Toulon apparut tout entier.
Lors du siège de Carcassonne, les Sarrasins ayant empoisonné les puits, l'empereur ficha sa lance en terre et l'on vit couler de l'eau en abondance : c'est la Fontaine Charlemagne.
Au plus fort du combat entre les Manceaux et les Poitevins, qui se livra près de Saint-Agnan, l'une des armées manquant d'eau, son chef leva son épée vers le ciel en disant : "Grand Dieu, signalez ici votre puissance comme vous le signalâtes autrefois en faisant sortir l'eau d'un rocher". Il piqua ensuite son arme en terre, et quand il la retira, on vit sourdre une fontaine qui existe encore.

Ce trait de l'épée enfoncée dans le sol figurait peut-être autrefois dans une légende que d'Argentré a rapportée : lorsque repoussé par les Normands, Alain Barbe-Torte se réfugia sur la colline de La Hautière, près de Nantes, il implora la Vierge, et la Fontaine sainte apparut pour donner à boire à ses soldats.

L'intervention de la lance, de l'épée ou du bâton, manque aussi dans la petite légende qui suit, pourtant apparentée aux précédentes.
La fontaine de Saint-Emiland jaillit miraculeusement au lieu de ce nom, près d'Autan, lorsque, en 725, le saint et ses Bretons eurent besoin de se désaltérer pendant qu'ils combattaient les Sarrasins.
En Alsace, une fontaine sortit de terre à la suite d'une ordalie singulière, dans laquelle figure une épée. Un seigneur croyant avoir à douter de la vertu de sa femme, la conduisit dans la forêt de Kastelwald et voulut s'assurer de ses sentiments au moyen d'un signe céleste : "Si le glaive que je pique dans le sol est couvert de terre lorsque je le retirerai, ta foi me sera assurée ; s'il est mouillé, tu seras coupable". Et lorsqu'il eut piqué le glaive dans le sol, une source se mit aussitôt à couler.

Les vaisseaux-enfer ou paradis

Une gracieuse légende que l'on n'a jusqu'ici rencontrée que dans le pays de Tréguier, suppose qu'en certaines circonstances, un bateau se présente spécialement pour prendre une seule âme, et non, comme d'habitude, tout un groupe de défunts.

Lorsqu'un enfant qui n'a point encore péché est sur le point de mourir, une petite barque blanche remonte le Trieux, sans que l'on voie personne à bord : elle est conduite par des anges qui viennent chercher l'âme de l'innocent.
Sur le littoral de Vendée, on connaissait aussi un bateau qui, bien qu'on ne le dise pas expressément, semble en relation avec les morts.
On raconte au port de La Claye que, jadis, on entendait un bruit de rames et de soupirs sur la rivière du Lay.
Une barque mystérieuse remontait jusqu'à Morteville, puis redescendait vers la mer avec la marée.

Les légendes bretonnes connaissent une sorte de navire-enfer, qui comme le Voltigeur-hollandais, navigue sans repos et est monté par un équipage de damnés, composé de tous les "faillis" matelots, des coquins morts sous la garcette pour vol à bord, des lâches qui se sont cachés pendant les combats.
A l'île d'Arz, à l'île aux Moines et dans quelques autres localités du Morbihan, il est assez souvent parlé de vaisseaux de haut-bord montés par des hommes et par des chiens de taille gigantesque. Ces hommes sont, paraît-il, des réprouvés dont la vie a été souillée par des crimes ; les chiens sont des démons préposés à leur garde et qui leur font endurer mille tortures. Sans cesse, les vaissseaux maudits sillonnent les flots, passant d'une mer dans l'autre sans entrer dans aucun port, sans jeter l'ancre jamais, et il en sera ainsi juqu'à la fin du monde. Il ne faudrait pas qu'un navire se laissât aborder par eux ; l'équipage serait enlevé en un tour de main et disparaitraît sans laisser de traces. Les commandements à bord des vaisseaux maudits se font au moyen de conques marines dont le bruit strident s'entend à plusieurs milles de distance. Il est donc facile de ne pas se laisser surprendre. On n'a d'ailleurs rien à craindre si, à la première alerte, on se hâte d'entonner l'Ave Maris Stella et de se recommander aux saints du pays, principalement à sainte Anne d'Auray.

D'après un récit qui figure dans un recueil de nouvelles, mais que l'auteur tenait d'un matelot breton, son parent, d'étranges bateaux accueillaient parfois à leur bord les vieux marins qui ne semblaient pas du reste fâchés de s'y embarquer. On disait autrefois sur la côte de Morlaix que les navires perdus s'en revenaient courir des bordées avec leurs équipages de trépassés et qu'ils prenaient souvent à contre-bord les bateaux qui étaient à la cape. Ces bateaux ont grandi, si bien qu'un petit caboteur est au bout de quelques années de la taille d'une forte goélette.
Un vieux marin racontait qu'il faisait partie de l'équipage d'un brick qui s'était défoncé sur la chaussée de Sein, et que seul il avait survécu ayant été jeté, il ne savait trop comment, sur la grève. Il disait que depuis, il avait plusieurs fois rencontré son brick dans ses voyages lointains, mais qu'à chaque fois, il l'avait trouvé plus grand. Quand je le reverrai, ajoutait-il, ce sera un vaisseau à trois ponts, et au lieu de mourir dans mon lit, je naviguerai pendant l'éternité.


***
Photo : Isa

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...