vendredi 23 novembre 2007

Les lutins espiègles ou susceptibles

Les lutins des montagnes, dont on ne parle plus guère qu'au passé, étaient jadis fort nombreux, et s'ils se permettaient quelques espiègleries, elles étaient rarement méchantes. Beaucoup de récits, qui ne diffèrent que par des détails, parlent de la bienveillance de ceux qui vivaient dans le voisinage des chalets ou des pâturages ; mais ils représentent ces petits êtres comme très suceptibles et se plaisant à exercer leur vengeance sur ceux qui osaient leur manquer d'égards.

Les "servants" des Alpes et des Pyrénées, qui étaient des esprits amis du foyer, pénétraient dans les maisons pendant l'absence des montagnards et leur rendaient une foule de menus services.

En Alsace, on racontait ainsi leurs gestes, vers le milieu du XIXe siècle.Dès que le dernier pâtre a quitté la montagne de Kerbholz, qui domine la vallée de Munster, les nains avec leur magnifique bétail et munis de tous les ustensiles nécessaires à la confection du beurre et du fromage, s'installent dans les chalets abandonnés et y travaillent nuit et jour. Puis, au fort de l'hiver, ils descendent dans la vallée et passent inaperçus dans les cabanes des pauvres pour y déposer des pelotes du beurre le plus délicieux, des miches du fromage le plus aromatique.

Dans les Alpes vaudoises, des lutins ou servants protégeaient aussi les chalets et les gardaient des voleurs ; ils rendaient maints services aux pâtres ; ils menaient les vaches au champ et jamais elles ne se dérochaient. Le premier qui conduisait le troupeau disait : "Pommette, Balette ! passe par là où je passe, tu ne tomberas pas des rochers". Elles broutaient l'herbe jusque sur les sommets les plus élevés.

Lorsque les fouletots des Alpes jurassiennes voyaient la bergère endormie, ils attiraient au fond des bois la plus belle de ses vaches ; puis, après la lui avoir fait cherché longtemps, la lui ramenaient rassasiée de nouriture, et le pis gonflé. Les servants n'étaient pas difficiles à contenter ; mais ils tenaient à la petite rémunération traditionnelle qu'on leur accordait pour leurs bons offices ; dans les montagnes du pays de Vaud, il était d'usage de leur donner la première levée de la meilleure crème du soir ou du matin.

Un jour, sur les bords du petit lac Lioson, le maître vacher avait quitté le chalet après avoir bien recommandé de ne pas oublier la part du servant. Pendant son absence, un jeune pâtre ne la mit pas de côté, pour voir ce qui arriverait. La nuit qui suivit le retour du maître vacher, un ouragan s'élève, pendant lequel il entend une voix qui lui crie : "Pierre, lève-toi, lève-toi pour écorcher!". Au matin, lui et les vachers vont à la recherche du troupeau qu'ils retrouvent broyé au fond d'un abîme : le servant s'était vengé.
De même que les fées, ces petits génies détestaient la malpropreté et ils quittèrent le pays le jour où des gens mal avisés salirent le lait placé pour eux sur le toit dans un baquet.


Le départ des fées de la montagne

Actuellement, les fées et leurs congénères se montrent rarement sur les montagnes ; quelques légendes racontent à la suite de quelles circonstances elles les ont abandonnées.

Les Lamignac ont disparu de la partie basque des Pyrénées depuis que Roland les écrasa à coups de pierres un jour qu'il faisait bombance avec les vaches qu'ils lui avaient volées.

Les fées des Alpes vaudoises quittèrent le pays parce qu'on leur manquait d'égards.Un berger, marié à l'une d'elles, l'ayant menacée de la frapper avec son bâton, elle s'enfuit de la maison pour se rendre avec ses compagnes dans une autre région.

La jolie fée des Tannes de Javerne, qui s'était mariée avec un homme à la condition qu'il ne prononçât jamais devant elle trois mots interdits, l'abandonna quand il eut manqué à sa parole.
Plusieurs légendes des Ormonts et des vallées voisines disent que les fayes s'en allèrent lorsque les bergers eurent souillé la source où elles faisaient leur toilette, ou le baquet de crème que, suivant un antique usage, on mettait de côté pour elles.

Dans le Valais, c'est aussi l'ingratitude des hommes qui a amené le départ des bonnes dames : un berger de moutons, ayant besoin de s'absenter, pria les fées des Arpales (Valais) de lui garder son troupeau. Elles y consentirent, mais à la condition que, dès que le vent du mont Joux commencerait à soufffler, il reviendrait chercher ses moutons pour les ramener dans la vallée. Le berger, entendant l'ouragan, ne monta pas d'abord, et il ne s'y décida que lorsque le vent tourna en cyclone ; il ne vit plus que ruines et carnages. Il ameuta la population qui se rendit à la grotte des Arpales. Les fées s'étaient enfuies, et du haut d'un rocher, elles crièrent qu'elles allaient quitter ce pays inhospitalier, et que les vignobles et les bois disparaitraient pour faire place à un pays aride et désolé.

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Cette image reste la propriété de son auteur Jonathon Earl Bowser
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