lundi 19 novembre 2007

Le champ de lin et la mer fleurie

En basque, on surnomme la mer Landa lihoa, le champ de lin, et on raconte à Saint-Jean-de-Luz que deux paysannes, venues pour la première fois sur ses bords, s'écrièrent : Oh ! Le beau champ de lin. Les ondulations du lin en fleur éveillent en effet assez aisément cette comparaison qui n'est pas particulière au pays basque ; dans plusieurs contes populaires, des gens voyant un champ de lin fleuri, bleu comme la mer et qui ondule sous la brise comme les vagues, s'écrient que c'est la mer, et se déshabillent pour y prendre un bain. Cet acte est attribué des habitants de pays auxquels leurs voisins accordent une forte dose de naïveté.

En Haute-Bretagne, il est accompli par des Normands en voyage, ou par des Jaguens, qui pourtant habitent Saint-Jacut-de-la-Mer et sont presque tous marins.

Dans un conte picard, six compagnons peu avisés prennent aussi pour la mer les ondulations d'un champ de blé et se mettent à nager à travers les épis.

La mer est l'objet d'assimilations gracieuses qui se rattachent aussi au régne végétal. Quand elle n'est point ridée, c'est une "mer de roses" ; sur plusieurs points du littoral, on dit que le flot fleurit quand l'écume en empanache le sommet .

En Haute-Bretagne, on désigne sous le nom de "mer fleurie", celle où les vagues blanchissent sans être bien fortes :

Et lorsque le vent frais sème les flots mutins
De bouquets blancs qui font songer aux aubépins,
On dit à Saint-Malo que la mer est fleurie.

Sirènes qui entraînent les vivants sous les eaux

Pour Isa qui a une passion pour les sirènes...

Les dames de mer employaient parfois des procédés plus matérialistes pour attirer dans leur séjour mystérieux les gens qui leur plaisaient. Une vie de saint Tudual, composée au XI e siècle, raconte que des écoliers se promenaient sur les bords de la rivière de Tréguier, quand le dernier de la troupe, qui était d'une beauté remarquable, s'interrompit au milieu de sa phrase, et lorsque ses compagnons se retournèrent, ils ne le virent plus. Après l'avoir appelé et cherché vainement, ils invoquèrent saint Tudual, et un instant après, le jeune homme sortit de l'eau, le pied droit embarassé dans une ceinture de soie. On lui demanda ce qui était arrivé et il répondit : "Des femmes de mer m'ont saisi, entraîné sous les rochers de l'Océan. Enlevé par elles et bien loin, j'entendais pourtant vos voix. Alors s'est dressé devant moi un personnage de figure vénérable, revêtu d'ornements sacerdotaux. D'un bras puissant, il m'a arraché aux femmes de mer, et, à travers les ondes refoulées, il m'a ramené au rivage. A sa vue, les nymphes ont fui, mais l'une d'elles a oublié de détacher la ceinture dont elle m'avait enlacé ; en preuve de mon enlèvement, la voici."

Le simple attouchement d'une sirène, le frôlement d'une partie de son corps suffisait pour forcer un homme à se précipiter irrésistiblement dans la mer. C'est ainsi que la "Seraine" du Fort La Latte avait enlevé un grand nombre de jeunes gens ; dès qu'elle avait réussi à toucher l'un d'eux seulement du bout du doigt, il ne pouvait éviter de la suivre dans son palais sous-marin.

Bien que le trait qui suit figure dans un recueil de vers, il semble emprunté à la tradition. Un pêcheur vendéen s'apprête à remettre à l'eau une sirène, lorsque celle-ci lui dit :

Porte-moi dans tes bras. Pourvu que mes cheveux
Ne touchent pas ta main, sois sans inquiétude.
Mais tes doigts ne pourraient jamais s'en détacher
S'ils effleuraient, hélas ! ma chevelure blonde ;
Je devrais, malgré moi, dans ma grotte profonde
T'entraîner sans que rien puisse m'en empêcher.

***
Photo montage : Isa
en la remerciant du fond du coeur pour cet envoi.
Son blog à visiter absolument :


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