jeudi 8 novembre 2007

Les sylphes

J'ai pour lit la clochette d'une primevère :
Je m'y couche quand les hiboux crient
Je m'envole sur le dos d'une chauve-souris
Après l'été, gaiement
Gaiement, gaiement, je veux vivre désormais
Sous la fleur qui pend à la branche....

Chante Ariel le Sylphe, dans La tempête de Shakespeare, comme il chante aussi accompagné de harpes éoliennes chez Goethe et voltige et butine paresseusement la plupart du temps chez les poètes. Certes, il chante merveilleusement et vole et inhale le parfum des fleurs, mais le Sylphe n'est pas une simple "figuration" gracieuse et simplette pour féerie, pantomine du temps de Noël !

"Au début de l'ère carolingienne, les Sylphes se montrèrent aux hommes, à l'instigation du cabaliste Zédéchias, sur des vaisseaux aériens d'une structure admirable, dont la flotte voguait au gré des zéphirs - le peuple crut d'abord que c'étaient des Tempestaires - qui s'étaient emparés de l'air pour y exciter des orages, et pour faire grêler les moissons. Et comme le spectacle se renouvela plusieurs fois, tant sous Pépin le Bref que sous Charlemagne, et sous Louis le Débonnaire, les savants, les théologiens et les jurisconsultes furent bientôt de l'avis du peuple. Les empereurs le crurent aussi, et cette chimère alla si avant que le sage Charlemagne, et, après lui, Louis le Débonnaire imposèrent de graves peines à tous ces prétendus tyrans de l'air".

Les religieux et démonanes l'ont donc d'emblée propulsé à la tête de la ménagerie démoniaque : "Ange déchu par la luxure ! Démon de l'air au même titre que l'Ondin est celui de l'eau, le Gnome celui de la terre, et la Salamandre celui du feu !"

On sait aujourd'hui que si les Elfes sont "des" Esprits de l'air, le Sylphe, lui, est l'esprit de l'air : première apparition de la vie spirituelle dans l'éther alors que dans l'eau se débattait une esquisse de germe matériel. Le Sylphe est un sentiment de vie, une Intelligence, qui s'est ensuite harmonieusement matérialisé au contact des courants positifs de l'espace. Il s'est nouri des "flocons psychiques" émanant des météores et des phénomènes cosmiques. On dit aussi qu'il est une source de rêve philosophal condensé des concrétisations alchimiques des Elémentaux. Et que le vent, la pluie, la neige, la grêle, les arcs-en-ciel sont les extériorisations de ses sentiments.

Après l'explosion créatrice - le Big-Bang - les sons se sont répercutés à travers les vibrations célestes que les Sylphes ont entendues les premiers dans leurs plus pures et absolues émissions. C'est cette déflagration primordiale qui a donné le "la" aux Sylphes tout en déclenchant leur première pulsion vitale.

La morphologie buccale du Sylphe est agencée pour exprimer l'harmonie du chant fondamental émotionnel. Celui qui un jour le perçoit, entend "une voix" - la Voix de gorge, à la fois grave et nasale, à la lisière du discordant (aux oreilles novices) qui engendre des fréquences plus aiguës venues du ciel pour exprimer la Parole perdue". Ce chant supra-harmonique émet une véritable Symphonie élementale qui apporte connaissance et bonheur suprême à son auditeur. Ceux qui, touchés, enfants, par ces sons bruts, parfaits, incontrôlés, ont voulu les reproduire par des recherches musicales en ont été souvent les prisonniers, incapables de s'adapter à l'exiguïté de l'existence terrestre. On prétend que l'inconnu masqué qui se présenta pour commander un Requiem au Mozart des derniers jours était un Sylphe venu en messager lui ouvrir la voie vers l'ineffable harmonie.

Des mages, sorciers de toutes philosophies et religions se sont essayés au fil des temps à capter l'énergie en les condensant dans des mots, des sons, des voyelles prononcées selon des rythmes répétitifs, cadencés et incantatoires : les formules et invocations magiques capables de commander aux forces élementaires par la puissance du Verbe.

Les prières, les poèmes, les comptines enfantines, la mélodie de certains instruments de musique seraient les lointains échos de l'héritage sylphe.



Description des sylphes

D'une taille d'1,80 mètre à quelques centimètres, les sylphes sont légers et plus rapides que l'éclair. Ils ont le corps aussi parfait que le génie créateur. Ils sont la beauté et l'éclat de la feuille au soleil. Ils ont la fluidité de l'eau jaillissant du glacier, la blancheur de la neige des Noëls et des ailes aussi fines que la brume de juin. Leurs yeux ont les reflets de l'aube et du couchant. Leur parfum est plus doux que celui du seringa ou du chèvrefeuille après la pluie. Leurs vols ont le mouvement argenté et moiré du seigle qui ploie au passage du vent. Ils peuvent se rendre invisible ou prendre la forme des plus hideuses Harpies s'ils se sentent en danger.

Ils se nourrissent des plus pures essences qu'ils vont chercher là où elles abondent.

Leurs vêtements sont faits de robes d'aurore, de tuniques du ciel et de givre, de manteaux d'arc-en-ciel. Les Sylphides sont enveloppées de mousseline solaire.

Ils habitent la vastitude des galaxies. De nombreuses chroniques rapportent à intervalles réguliers que des voyageurs, des alpinistes, des explorateurs auraient eu la vision de villes merveilleuses suspendues au-dessus de nuages, de forêts ou de montagnes. Ce sont les villes sylphiques que des phénomènes atmosphériques reverbèrent.

Des récits situent quelques Sylphes dans l'ïle de Prospero voisine de Naples.

Le Sylphe est fidèle à une Sylphide toute sa vie : de leur union éblouissante mais immatérielle naîtra une âme lumineuse à qui l'atome donnera corps. Autrefois, on appelait le grenier, les combles d'une maison : la "sylphirie"

(Littré) : "C'est dans ces hauteurs secrètes et mystérieuses, réceptacle de souvenirs de la maison rêveuse, que les derniers Sylphes entreposaient les vestiges de leur¨Âge d'Or".

Gardiens des univers célestes, les Sylphes transcendent les beautés de la nature par le seul fait de leur présence et distribuent des dons aux enfants élus des hommes aptes à maintenir et sauvegarder le trésor de l'Âge d'Or.



Songe d'une nuit d'été

"Ne demande pas à sortir de ce bois. Tu resteras ici, que tu le veuilles ou non. Je suis un esprit d'un ordre peu commun. Apprends-le, l'été lui-même, là où je m'arrête, reste immobile. Et je t'aime.Viens avec moi ; je te donnerai des fées pour te servir ; et elles t'iront chercher des joyaux au fond de l'abîme et elles chanteront, tandis que tu dormiras sur les fleurs pressées. Et je te purgerai si bien de ta grossiereté mortelle que tu iras comme un esprit aérien."

William SHAKESPEARE, le Songe d'une Nuit d'été.


Enya - May it be

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