jeudi 25 octobre 2007

La Fée du Bec-Dupuy

Les nombreuses légendes des fées des houles les représentent comme vivant en famille, et formant parfois une sorte de clan.

Il y avait tout au moins une exception, ainsi que le montre cette tradition de la Rance maritime, racontée sous une forme romantique dont est reproduit ici les parties les moins suspectes.

Souvent au coucher ou au lever du soleil, on voit sortir de la grotte de la Fée du Bec-Dupuy une vapeur blanche, bleue, rose, verte, qui s'élève, s'abaisse, grandit, s'évapore et laisse enfin voir une femme divinement belle. On l'appelle dans le pays la Fée ou la Dame du Puy ; elle se promène sur les grèves, et ses vêtements brillent de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel.

Elle s'assied parfois sur le gazon des falaises, ou passe, légère comme l'oiseau, sur les hautes tiges des landes ; elle ne parle à personne, et fuit la vue de l'homme.

Autrefois elle était souveraine en ces lieux ; aujourd'hui elle pleure sur les rochers déserts sa puissance détruite. A sa voix jadis, les vents soufflaient moins fort ou se calmaient. Aussi voyait-on chaque marin, en partant pour la pêche, venir sur la grève offrir ses hommages à la fée qui lui rendait le vent favorable et la pêche abondante.

Les femmes, les sœurs, les filles, les amantes des absents, déposaient des guirlandes de fleurs à l'entrée de sa grotte, gardée par une meute de chiens invisibles, toujours prêts à dévorer l'imprudent qui se hasardait à en forcer l'entrée.

Depuis que le culte des idoles a disparu, la fée ne se montre plus souvent ; sa vue n'annonce rien de bon, et elle laisse souvent sur les grèves de sanglants souvenirs de son passage.

Le clergé de Saint-Suliac alla l'exorciser dans sa grotte ; depuis, on la voit encore se promener au clair de lune ; mais elle s'enfuit aussitôt qu'on s'approche d'elle, et elle n'a plus aucun pouvoir.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...