mardi 23 octobre 2007

Les vases engloutissantes du Mont Saint-Michel

Voici, sur les grèves engloutissantes, quelques légendes, dont les deux premières sont fortement teintées de romantisme

Le soir, à la marée montante, on voit la dame blanche des vases qui promène sur les tangues mobiles du Mont Saint-Michel son corps de fée ; c'est elle qui prend dans ses bras couleur de flot les voyageurs en péril de mer, et se laisse glisser avec eux dans le gouffre des sables mouvants.

Au musée de Dieppe un dessin, signé Huart, qui paraît remonter à une soixantaine d'années, est accompagné d'une pancarte écrite à la main, qui en explique ainsi le sujet : un cavalier demeurait immobile sur son cheval devant le cercueil de sa fiancée ; tout à coup, le vent éteint les cierges qui brûlaient auprès, le cheval se cabre, le chevalier se sent enveloppé d'un grand froid qui le glace, et il entend une voix qui lui dit faiblement : "Viens". Le cheval détale aussitôt à une allure fantastique, et bientôt il arrive sur les grèves. Tout à coup, il fait un soubresaut : son pied a glissé sur une partie plus molle de la vase, et cheval et cavalier y disparaissent. Son âme avait rejoint celle de sa fiancée, et toutes deux se rencontrent, dit-on, chaque année, au rendez-vous que se donnent les trépassés, le premier novembre dans les brumes du Mont Saint-Michel.

Maintenant, les gens de l'embouchure du Couesnon disent que le 2 novembre, un brouillard blanc se lève à la tombée de la nuit. Il est composé des âmes des malheureux enlisés qui dorment sous les tangues. Et comme ces âmes sont innombrables, le brouillard s'étend sur toute la baie. Au matin, ceux qui passent sur le rivage entendent murmurer : "Dans un an ! Dans un an !". Ce sont les esprits qui se disent adieu jusqu'à la prochaine commémoration des morts.

Il y a une trentaine d'années, on racontait aux environs de Pontorson qu'au temps jadis trois pélerins, un homme, sa femme et son enfant, se rendaient par la grève au Mont, lorsque, connaissant mal la route, ils s'engagèrent dans les sables mouvants ; le mari essaya de soutenir sa femme qui tenait son enfant dans ses bras ; mais il disparut sous la vase ; la femme y enfonça à son tour, en élevant les bras aussi haut qu'elle le pouvait pour que son fils ne fût pas englouti ; mais le pauvre petit descendit aussi dans les sables mouvants, et bientôt son petit doigt resta seul visible. L'archange Saint Michel aperçut du haut du ciel ce petit doigt qui remuait encore : il descendit et prenant le doigt de l'enfant, il le retira de la vase, et avec lui sa mère et son père qui se tenaient enlacés et qui, par un miracle n'avaient eu aucun mal.


Le bonhomme Andrillot

A Guernesey, on raconte plusieurs légendes sur l'origine d'un rocher anthropomorphe qui se dresse au bord de la mer, non loin du Cap de Jobourg, et qu'on appelle le Petit Bonhomme Andriou ou simplement Andrillot. Suivant l'une, il cherchait un trésor caché parmi les rochers des Tas de Pois, lorsque le génie qui en avait la garde le changea en pierre. D'autres disent que c'était le dernier druide qui ait lutté contre le christianisme ; mécontent de l'apostasie de ses frères, il vint vivre dans une caverne de la pointe de Jobourg, et son occupation favorite était de regarder la mer. Un jour, voyant un navire en danger au milieu d'une violente tempête, il pria ses dieux d'arrêter l'ouragan et de sauver le vaisseau. Ils ne tinrent pas compte de ses prières et le navire s'approchait de plus en plus des récifs. Désespéré, il promit au Dieu des chrétiens de se convertir et d'élever une chapelle à la Vierge si le navire était sauvé. La tempête s'apaisa aussitôt et le vaisseau put rentrer au port. Andrillot accompli sa promesse. Quoi qu'il en soit, cette petite figure debout qui regarde la mer a été pétrifiée en cet endroit pour porter chance à ses marins chéris ; il est encore regardé par eux avec respect, et, en passant auprès, ils lui offrent des spiritueux, et le saluent avec leurs pavillons.

Voici le résumé d'une légende, fort arrangée, mais dont le fond est probablement populaire ; elle a pu être imaginée pour expliquer l'origine de la configuration d'une partie de la falaise en granit rose de l'île de Bréhat, qu'on a surnommée "L'Enclume et le Marteau" : les deux méchants fils d'un comte de Goello, ayant tué leur père au moment où, porteurs des trésors de l'abbaye de Beauport qu'ils avaient comploter de piller, il avait atteint l'île par un passage secret, le chargèrent sur leurs épaules pour le précipiter dans les flots. Mais ils furent pétrifiés, et une voix leur cria du fond de la mer :"Durant une éternité, vous porterez votre victime au bord de l'Océan, et ce rocher, simulant votre père, retombera sur vous à chaque flux de la mer, comme le rocher qui vient frapper l'enclume".
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