mardi 2 octobre 2007

Instruments de musique

La série musicale est celle qui a été surtout relevée par les enquêteurs.

En Haute-Bretagne, on fait encore, comme au XVIe siècle, des "flustes en escorce de chataignier" ; cet instrument, et celui que l'on désigne sous le nom de sifflet, sont de beaucoup les plus populaires : au moment de la sève, et des formulettes font allusion à cette circonstance , les enfants coupent des jeunes branches de frêne, de châtaignier, de peuplier, etc. mais surtout de saule, et s'efforcent d'en détacher l'écorce au moyen d'une série de percussions, faites ordinairement avec le manche de leur couteau ; lorsque la partie ligneuse en a été détachée, ils y font des encoches, et la réintègrent dans l'écorce détachée comme dans un fourreau. Ils croient assurer le succès de cette opération et la qualité du son, en l'accompagnant d'incantations ; il en a été recueilli plus de cent qui consistent en rimes, tantôt menaçantes, tantôt pleines de promesses, adressées au bois lui-même.

A Arcachon, les enfants pratiquent une entaille dans la "peau des lauriers" et y insèrent une feuille en travers ; ce petit sifflet produit un bourdonnement qui rappelle celui des cigales.

En Haute-Bretagne, le "coq" est fait avec un petit morceau de bois fendu à l'une de ses extrémités ; on y introduit une feuille de lierre ou de laurier pliée en plusieurs fois ; en soufflant dans cet instrument, on obtient un son assez doux ; cette musiquette est connue dans l'Aube, et dans quelques autres pays. Les pâtours haut-bretons entaillent la peau extérieure du revers de la feuille de houx, de manière à ne pas la percer et à y faire trois entailles, dont celle du milieu est la plus grande ; on la place devant sa bouche, et en soufflant on produit un son assez doux.

En Wallonie et en Champagne, les enfants se font un appel ou pipeau en usant sur une pierre, de façon à former deux trous, des noyaux de prune, de cerise ou d'abricot.

En Haute-Bretagne, on confectionne la grenouille en couvrant une demi-coque de noix d'un parchemin ou d'un papier huilé ; on y fait passer un crin de cheval assez long, qui tient à un morceau de bois ; si on fait tourner la coque après avoir mouillé le crin, on entend un bruit qui a de l'analogie avec le coassement de la grenouille.




Le basilic


Alexandre le Grand dut affronter en plein désert un basilic aux proportions énormes. féru de mythologie, le conquérant n'ignorait pas que, comme les gorgones, les basilics sont tués net par leur propre reflet.


A première vue, le basilic n'est qu'un serpent comme bien d'autres. Il mesure 50 cm environ.
Si vous l'examinez attentivement, vous vous rendez vite compte qu'il a pourtant des pattes et une tête de coq, crête comprise, et des ailes. Couvert de plumes ou d'écailles, il porte parfois une couronne, ou une tache blanche sur la tête. C'est probablement cet ornement qui lui a valu son nom, venu du grec basileos, qui signifie roi.

Ne vous attardez pas en présence d'un basilic. Fuyez tandis qu'il est encore temps, car le regard de ce reptile (ou d'après certaine sversions, son souffle) provoque une mort immédiate. Selon certains témoins, il peut littéralement "frire" un oiseau en plein vol !

Le roi Alexandre le Grand avait trouvé un moyen pour s'en défendre : un bouclier orné d'un miroir. Ainsi, les basilics dont il croisa la route lors de sa conquête de l'Inde mouraient d'avoir vu leur propre regard dans le reflet.

Le cri du coq est aussi une bonne arme : à peine entend-il le cocorico que le basilic meurt dans les convulsions. la belette est également mortelle pour cet animal.

D'où viennent les basilics ? D'un oeuf de coq, encore faut-il que le coq ait eu la bonne idée de pondre à l'âge de 7 ou de 14 ans, et que son oeuf ait été couvé par un crapaud ou par un serpent.

Le basilic ne tue pas seulement ceux sur lesquels il fixe son regard : il entraîne le malheur dans les foyers s'il s'installe dans une fissure ou une anfractuosité des murs. Il adore le fond des puits, mais il empoisonne aussitôt l'eau.

Quel animal redoutable ! Pourtant, il a son utilité : si vous gravez son image sur une bague portée à l'annulaire de la main gauche, vous serez à l'abri du malheur.



A quoi sert une corne de licorne ?


Voilà une denrée aussi rare que chère. Elle n'est vendue que par des apothicaires en qui on peut avoir toute confiance. Méfiez-vous de contrefaçons... il est si simple de se voir fournir de la simple poudre de corne de bovin en lieu et place de vraie corne de licorne !

Bien que nombreuses aient été les personnes persuadées de l'existence de la licorne - y compris le grand médecin du XVIe siècle Ambroise Paré - il faut savoir que la célèbre corne de licorne était la "corne", ou plus exactement la dent du narval, un gros mammifère marin doté d'une longue défense torsadée de presque trois mètres de long.

La pêche au narval fut frénétique au XVIe siècle et au XVIIe siècle. C'est du reste parce que l'animal a beaucoup été chassé qu'il est actuellement en voie de disparition : il en reste, estime-t-on, moins de cinquante mille.

La corne de licorne possède mille vertus.
Elle préserve de la peste et des sortilèges ou envoûtements des sorcières.
Elle permet de déceler un plat empoisonné : un morceau posé sur un mets devient brûlant ou fumant au contact du poison ; plongé dans une boisson, il la trouble , si là encore, on a versé un produit louche dans le breuvage.
Mieux encore, en cas d'empoisonnement, la corne fait office d'antidote !
Enfin, mélangée à de la bave de dragon, elle rend fidèles les dames dont le mari part au loin.

Des rois de France, des papes, des ducs de Bourgogne ont possédé un fragment précieux de corne de licorne.
La famille royale d'Angleterre arbore une licorne sur son blason et son étendard.

Méfiez-vous de l'eau qui dort...

Le lac de Gérardmer

Les sous-bois vosgiens bruissent de légendes. Et des profondeurs des lacs de La Maix, Gérardmer, Longemer... émergent de fabuleux récits à transmettre.
Il est des lieux où naissent les légendes.


Les formes douces et arrondies du massif des Vosges sont trompeuses... Les paysages sombres et caractéristiques des vallées, les forêts et les lacs de montagne ont enfanté, dans le passé, fables et récits populaires. Et si aujourd'hui sur les chemins, on ne rencontre plus de sotrès, de diablotins toujours prêts à jouer un mauvais tour, de fées et autres dames blanches
, leur souvenir reste dans la mémoire collective.

Qui n'a pas, un jour, entendu parler du chariot d'or emprisonné dans le massif de l'Ormont à Saint-Dié-des-Vosges, du char en or d'Attila plongé dans les eaux noires du lac de la Lauch ? Ou encore de la légende de Malfosse dans la vallée de Senones, où un enfant mort-né enterré le jeudi 2 mai de l'an 1672, y serait ressuscité le mardi suivant ? Sans omettre le trésor des Suédois dans la forêt de la Combe au Valtin ou des Perles de la Vologne ?
Tout, ou presque, est prétexte aux légendes. Les plans d'eau compris. Empruntons l'itinéraire des rivières et lacs de montagne (Gérardmer, Longemer, Retournemer, des Corbeaux) et écoutons ce qui se murmure ici et là...


Sur les bords de la Vologne
, entre Granges et Gérardmer (la mer de Gérard), les fées lançaient toutes sortes de sortilèges. En des temps immémoriaux, le chevalier Girard, qui venait de quitter le comte de Martimprey, galopait à travers bois. Il se laissa séduire par une douce voix et devint l'esclave d'une jeune femme d'une beauté ensorcelante. Envoûté, le chevalier la fit monter sur son cheval et se laissa guider vers le château de la fée, où une fête était donnée. Une fois le festin terminé, le chevalier Girard, la volonté abolie par le philtre qui lui fut servi, se dirigea vers le pont inachevé sur la route de Martimprey et se mit à l'ouvrage avec d'autres chevaliers tombés, eux aussi, sous le charme. C'est ainsi, dit-on, que fut construit le vieux pont en pierre - dit le pont des fées - qui enjambe la Vologne d'une seule arche près de Gérardmer.

Sur la route départementale 67... En venant de Xonrupt, un endroit resté sauvage : Longemer
, à une altitude de 737 m. A la place du lac, il y avait autrefois un gigantesque sapin dont la cime transperçait les nuages. Les bergers des chaumes en avaient une peur bleue car le diable y recevait les sorcières les soirs de sabbat. Le marcaire (vacher) de Saint-Jacques se décida à abattre le géant... défendu par le malin, resté sur ses gardes. Au bout de dix-sept semaines, le sapin vacilla et se fracassa dix jours après. Seulement, les sorcières avaient repris leur ronde au-dessus de la souche. Les bûcherons creusèrent un trou pour l'enlever et, au moment de retirer le dernier morceau de racine, les eaux de la Vologne, coulant à proximité, se déversèrent dans le trou qui devint un lac. Au ras de l'eau, entre la butte Bilon et la chapelle des Graviers, on aperçoit encore le morceau de bois qu'ils n'ont pas eu le temps d'extraire !

Il se raconte aussi que dans les profondeurs de ce lac de Longemer (33,50 m), un énorme brochet doit la vie à Charlemagne venu pêcher à cet endroit, au retour d'une chasse à l'ours. Les serfs qui l'accompagnaient s'apprêtaient à assommer l'animal "de la taille d'un garçon d'une douzaine d'années" pêché par l'empereur. Ce dernier arrêta ce geste et passa autour du cou du poisson un collier muni d'une clochette d'or forgée à Aix-la-Chapelle.
Il le fit jeter dans le lac, l'animal disparut au fond de l'eau. Depuis, à la tombée de la nuit, il n'est pas rare d'entendre monter des eaux un léger tintement de clochette. Jamais, depuis, on ne revit le brochet.

Entre les vallées de la Plaine et du Rabodeau, dans le massif du Donon
, le lac de la Maix, d'origine glaciaire, constitue l'un des sites les plus beaux des Vosges moyennes. Lui aussi a sa légende. Autrefois, chaque dimanche, un curé des environs disait la messe dans la clairière (à l'époque, le lac n'existait pas encore), où les fées dansaient la nuit.
A l'aube de la Trinité, on y organisa une foire où, un jour, le diable revenant de la ville d'Is s'y arrêta. Il eut l'idée de faire manquer la messe aux montagnards et à tous les villageois des environs. Déguisé en ménestrel, il joua du violon et lorsque les trois coups de la messe furent sonnés, un craquement effroyable sortit des nuées et la clairière s'effondra, creusant un vaste entonnoir qu'une pluie diluvienne emplit jusqu'au bord : le lac de la Maix était né. Prisonniers de ses eaux sombres, les danseurs punis sont condamnés à danser jusqu'au jour du jugement dernier...

Source : Jeannette Férin ; Est Magazine du dimanche 29 juillet 2007
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