samedi 29 septembre 2007

Les fées et les puits

Les traditions qui s'attachent aux puits lorsque creusés, maçonnés et pourvus d'eau, ils sont pour ainsi dire devenus des fontaines, rappellent dans leurs grandes lignes, celles des sources naturelles qui coulent depuis un temps immémorial ou qui se sont montrées dans des circonstances miraculeuses. C'est ainsi que les personnages qui y ont leur résidence ou qui se font voir dans leur voisinage immédiat, ressemblent, avec plus de prosaïsme, à ceux des fontaines.

Les fées qui président si souvent aux eaux fraîches et limpides des sources vives, sont assez rarement en relation avec les puits ; les récits, peu nombreux, qui mentionnent leur présence dans leur intérieur ou sur leur bord, se bornent à un énoncé succinct, assez vague, et d'un intérêt médiocre. Une poésie languedocienne antérieure au milieu du XIVe siècle constatait une croyance relative au Grand Puits de Carcassonne, au fond duquel existaient, disait-on encore à une époque plus récente, des grottes merveilleuses où des fées avaient établi leur séjour.

Dans plusieurs puits des Côtes-du-Nord, il y a, au-dessous de l'eau, une chambre à la fée, où se cachent les bonnes dames, en attendant qu'elles puissent revenir sur la terre ; un puits octogone à l'intérieur, dans la cour d'un château voisin de Dinan, a cette forme, disent les gens du pays, parce que c'est celle de la chambre de la fée qui s'y trouve et qui en sort quelquefois.

D'après une ancienne légende du Roussillon, pendant quelques nuits, les fées venaient laver leur linge et se livrer à des ébats désordonnés au Puits des Fées, El Pou de las Donas Encantadas. On entendait leurs cris et les bruyants éclats de rire qu'elles poussaient en frappant leur battoir en cadence. Alors chacun se signait et fuyait éperdu. Pourtant on savait que celui qui, bravant leur fureur, serait parvenu à leur dérober une seule pièce du linge qu'elles venaient de laver et d'étendre, deviendrait aussitôt riche et heureux entre tous ; un seul osa le faire, dans une nuit de désespoir : il devint le plus riche du pays et transmit sa fortune à ses descendants.

Non loin de Bord-Saint-Georges, à deux lieues de Chambon, on respecte encore les débris d'un vieux puits qu'on appelle le Puits des fées ou fades. Les voisins du puits énorme de Salmaise croient qu'il est habité par Mélusine ; dans l'Yonne, on revoit encore de temps en temps, sous son apparence de demi-femme demi-serpent, la mélusine de Maulne, qui s'y précipita lorsque son mari l'eut aperçue sous cette figure qu'elle prenait un certain jour de l'année.


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