vendredi 21 septembre 2007

Les gâteaux et les fours des fées

Quelques cavernes, où d'ordinaire ne pénétraient pas les hommes, ne leur étaient connues que par le bruit ou les voix qu'ils entendaient en passant au-dessus. Elles étaient à une si petite distance du sol, que l'on pouvait causer avec leurs habitants. Des fées avaient leur demeure souterraine dans le voisinage de Giromagny, non loin de Belfort ; souvent les cultivateurs, en menant leur charrue, les entendaient racler leur pétrin ; s'ils les interpellaient en disant :
- Bonne fée, petite fée, donne-nous du gâteau que tu fais !
une galette appétissante se montrait à l'autre bout du champ.

On raconte dans le Jura bernois qu'un fermier et son valet qui labouraient dans un terrain voisin de la caverne de Tante Arie, ayant cru sentir l'odeur d'un gâteau sortant du four, manifestèrent hautement le désir d'y goûter ; arrivés à l'extrémité du sillon, ils trouvèrent un gâteau sur une nappe avec un couteau pour le partager. Lorsqu'ils en eurent mangé, le valet empocha le couteau ; mais la Tante Arie fit aussitôt entendre sa voix irritée et le larron dut laisser tomber l'objet dérobé.

Ceux qui faisaient des labours au-dessus des grottes des Margot-la-Fée des Côtes-du-Nord, ou qui passaient auprès, les entendaient dire qu'il leur fallait du bois, ou qu'il était temps d'apporter la pâte au four. Si quelqu'un leur demandait poliment du pain de leur fournée, il trouvait au bout du sillon une galette encore fumante ou un pain tout chaud posé sur une serviette et accompagné d'un couteau. Cette légende est racontée, sans variations notables, en divers endroits de la Haute-Bretagne, de la Normandie, des Vosges et des Ardennes . (1)

Dans ce dernier pays, on l'avait localisé à Saint-Aignan, où des failles très profondes, qui aboutissaient à une grotte habitée par les fées, laissaient échapper, quand l'atmosphère était saturée d'humidité, une buée parfois très intense ; les gens du voisinage croyaient que c'était la fumée de la cuisine des bonnes dames.

Plusieurs cavernes portent au reste le nom de Four des Fées, que leur forme avait pu suggérer ; on en voit un auprès de Thillot, asssez profond et creusé dans le roc, qui leur servait autrefois à cuire des gâteaux et des friandises.

Près de Ville-du-Pont, on aperçoit sur les bords du Doubs, la porte cintrée d'une caverne ; c'est là que les fées viennent comme à leur four banal faire cuire leurs gâteaux ; le four de la fée à Sassenage (Isère) est l'objet du même conte.

(1) Perrault avait peut-être emprunté à quelque tradition du même genre cet épisode de Riquet-à-la-Houppe : Dans le temps que la princesse se promenoit rêvant profondément, elle entendit un bruit sourd sous ses pieds, comme de plusieurs personnes qui vont et viennent et qui agissent. Ayant presté l'oreille plus attentivement, elle ouît que l'un disait : apporte-moy cette marmite, l'autre : donne-moy cette chaudière, l'autre : mets du bois dans ce feu.



Le bétail des fées

Les fées avaient aussi des bestiaux qui sortaient le matin de leur demeure souterraine et y rentraient au crépuscule. Les boeufs et les vaches des Margot-la-Fée venaient paître l'herbe des collines, et quelquefois même s'aventuraient dans les champs voisins ; c'est pour les empêcher de passer en dommage que les bonnes dames prenaient parfois des pâtours. On retrouve des traditions analogues dans les Ardennes et en Lorraine.

Il y a environ deux cents ans, une fée habitait le trou-Boué, près de Condé-les-Autry, seule avec une vache dont le lait formait son unique nourriture. Chaque matin, un enfant venait la chercher à la grotte et la menait paître ; mais pour lui, la fée resta toujours invisible. Tous les mois, elle suspendait au bout d'une corde un petit sac fermé contenant la somme qu'elle devait au berger pour sa garde.

Les fées de Saint-Aignan, qui avaient besoin de lait et de beurre pour leurs gâteaux, possédaient des vaches qui se trouvaient chaque matin, on ne sait comment, au milieu du troupeau communal, et, la nuit venue, disparaissaient tout à coup. Le dernier jour de la saison des pâturages, l'une d'elles portait, suspendue à la corne, un petit sac renfermant la somme due au pâtre.

Dans les Vosges, un berger gardait dans les bois les vaches de Mailly ; tous les jours on lui en lâchait une toute noire, et il n'avait jamais vu son maître, on ne l'avait jamais payé. Un jour, il la suivit et la vit entrer par le trou de la Crevée ; il la prit par la queue et se laissa entraîner à sa suite. Il arriva dans une chambre à four et vit deux vieilles qui cuisaient. il leur demanda le paiement de sa vache :
-Tends ton sac, dit l'une.
L'autre prit une pelletée de braise et la jeta dedans : le bonhomme secoua son sac et se sauva au grand galop ; arrivé dehors, il regarda dans son sac et y trouva un louis d'or.


Il semble que les bonnes dames faisaient parfois paître elles-mêmes leur bétail. Le dimanche des Rameaux, celle des fées de la caverne de Vallorbe qui remplissait l'office de pastourelle, sortait une chèvre qu'elle tenait en laisse ; si cet animal était blanc, c'était l'annonce d'une année fertile ; s'il était noir, on pouvait s'attendre à une mauvaise récolte.


Triste...


Chaque fois qu'un enfant dit :
"Je ne crois pas aux fées",
il y a quelque part une petite fée qui meurt.

James Barrie - "PeterPan"

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...