mardi 18 septembre 2007

La légende du trou des fées

Il y a bien longtemps, un berger était chargé de surveiller le troupeau appartenant aux fées de Croix Rouge. Tous les soirs, il ramenait les vaches et les chèvres au fond des bois dans la grotte où vivaient les fées et leurs animaux. Personne n'avait jamais vu les fées hors de leur trou, personne n'avait le droit de les approcher, sauf le berger.

Au service des fées depuis de nombreuses années, celles-ci ne lui avaient jamais accordé le moindre franc pour sa peine et un jour sombre, le berger, de fort mauvaise humeur, soucieux de l'avenir de sa famille, se confia à sa femme devant l'âtre.
- Tout travail mérite salaire, méfie toi, si les fées venaient à disparaître un jour sans nous prévenir, dit Nanette, sa compagne.
- Tu as raison. Dès demain, de grand matin, j'irai les trouver dans leur grotte et je réclamerai mon argent, enchaîna le mari.
Le lendemain, les fées l'écoutèrent attentivement et, généreuses pour une fois, lui donnèrent un sac fermé par des ficelles. Avant qu'il ne prenne le chemin du retour, la plus vieille des fées lui fit cette recommandation
- Ce sac, tu ne pourras l'ouvrir avant d'entrer dans ta maison, sinon tu seras puni
- Merci, merci. Vous êtes si bonnes avec moi, je vous assure que je respecterai votre demande. Je n'ouvrirai pas le sac en chemin, dit le berger.
Mais le chemin était long avant de regagner sa maison et le sac semblait si léger... A Orvillers, à l'entrée de Virton, n'y tenant plus, à l'abri des regards indiscrets, le berger ouvrit le sac, il regarda et ne trouva que des paillettes d'avoine que l'on donne à manger aux chevaux. Il dispersa le tout et rentra désabusé chez lui.
- Maudites fées, vous m'avez bien eu ! Regarde, dit il à Nanette, sa femme. Ces fées sont des voleuses.
Nanette était terriblement déçue, elle prit le sac, le secoua et fut fort surprise de voir quelques écus d'or au fond de son sac.
- Tu n'es qu'un sot, lui dit Nanette, tu devais obéir aux fées et suivre exactement ce qu'elles t'avaient demandé. Nous serions riches à présent. Va retrouver les fées demain. Tu t'excuseras auprès d'elles.
Le lendemain, il retourna au trou des fées redemander son dû. Celles-ci se montrèrent compréhensives. Elles savaient que tout homme avait ses défauts et que la curiosité était l'une de ses faiblesses. Elles offrirent au berger un nouveau sac, plein comme le premier. Comme la veille, la plus agée des fées s'avança vers le berger et lui fit les mêmes recommandations :
- Tu ne pourras ouvrir ce sac avant d'arriver à ta maison, insista-t-elle.
Cette fois le berger su tenir sa promesse. Son impatience était vive, au début, il avait pressé le pas, maintenant il courait pour rentrer le plus vite possible chez lui.
- Riche ! Enfin, je vais être riche !
Près de chez lui, il se prit le pied dans une racine affleurant le sol. Le berger tomba, le sac s'ouvrit et à la place des pièces d'argent, des petites souris se dispersèrent entre les herbes ! Il raconta encore une fois sa mésaventure à Nanette qui n'était point sotte, elle avait tout compris.
- La première fois, tu étais trop curieux. Cette fois, tu t'es montré trop empressé, voilà la leçon que les fées t'ont donnée !
Le berger jura, mais un peu tard, que l'on ne l'y reprendrait plus...

***
Ce conte pour enfants de Gaume et d'autres collines
est extrait de l'ouvrage de Dominique Zachary et Valérie Dion,
ce recueil de contes pour enfants a obtenu, en novembre 1997, le prix Jean Lebon
accordé par la commune d'Aubange.

Le monolithe de Kerlinquin


Ce n'est pas une pierre miraculeuse, mais il faut quand même la trouver !
En quittant Saint-Etienne-lès-Remiremont (Vosges), il suffit de grimper 2 ou 3 heures dans la forêt ou sur la route forestière dans la direction de Sainte Sabine (que de saints !).
Ce gros menhir de grès rouge haut de 5 mètres et long de 8, avec une épaisseur qui vous empêche de l'escalader pour poser pour la photo, demeure un authentique monument historique depuis la loi de 1887.

C'est une pierre levée. Mais par qui ?
Des hommes préhistoriques ou les Gaulois poussés par les druides pour le culte du feu et du soleil ?

Quoi qu'il en soit, ce petit caillou de 132 tonnes, tapissé de mousse et de lichens a quelque chose de séduisant, avec en prime cet air breton de l'appellation.
Ker : village, lieu
Linkin : altération de furlikin, petits lutins

Notre pierre serait donc le lieu de rassemblement de nos petits sotrés vosgiens.
Pour plaire aux superstitieux ou aux croyants, la légende dit qu'elle vacille sur sa base quand la grosse cloche de Vagney sonne et qu'elle fait des pirouettes sur elle-même le samedi saint, à midi !
Mieux encore, elle servait de refuge aux fées du Fossard et d'autel pour offrir des holocaustes aux dieux vosgiens Teutatès et Voségus...

(source : L'almanach du Lorrain 2007)

Usages et superstitions dans les Vosges (D'après un article paru en 1866)

Quelqu'un vient-il à mourir à Saulxures, à Rochesson, à Raon-aux-Bois et dans quelques autres communes voisines, on s'empresse de changer le lit du mort, et l'on emporte la paille sur un grand chemin pour y être brûlée. On remarque avec la plus vive anxiété de quel côté va la fumée de ce feu ; celui vers lequel elle se dirige doit mourir le premier.
Dans quelques villages de l'arrondissement de Remiremont, lorsqu'un enfant meurt, on invite ses petits camarades à le veiller et, à minuit, on leur sert un riz au lait.

Un malade n'y meurt qu'avec un cierge allumé qu'on lui a mis dans la main ; on lui ferme ensuite la bouche et les yeux ; sans cette précaution, quelqu'un des assistants ou de ses parents ne tarderait pas à le suivre.

Une femme enceinte qui servirait de marraine, en certains endroits, mourrait dans l'année et son filleul également.

Un chien perdu qui aboie près d'une maison présage la mort d'une des personnes qui l'habitent. Il en est de même des cris d'une chouette sur une maison.

On interprète différemment, selon les lieux, le bruit que font les meubles en se disjoignant. Ici ce bruit annonce qu'une âme en souffrance dans le purgatoire demande une prière ; là, il présage la mort prochaine d'une personne de la maison. Il est du plus fâcheux augure, dans une foule de localités, que la cloche de l'horloge vienne à sonner pendant l'élévation. On croit qu'il y aura bientôt un mort dans le village.

Dans un grand nombre on dit encore, lorsque la Noël tombe le vendredi, que le cimetière en aura sa part ; ce qui signifie que l'autorisation de faire gras un tel jour doit amener une grande mortalité pendant l'année.

Quand un chef de famille décède, on est dans l'usage, dans presque toute la contrée, de suspendre aux ruches une étoffe noire ; les abeilles, sans cela, partiraient dans les neuf jours. Dans quelques endroits, on leur met aussi un morceau d'étoffe de couleur, un jour de mariage, pour leur faire partager la joie.

Une jeune fille désire-t-elle connaître l'époux qui lui est destiné ? Il faut qu'une de ses amies glisse, tout à fait à son insu, dans son sac à ouvrage et le jour de la Saint André, une pomme de l'année. La jeune fille la doit manger en se couchant et en ayant soin de dire avant de dormir : "Saint André, faites-moi voir celui qui m'est réservé !" et le jeune homme lui apparaît dans un songe.
La jeune fille qui se marie avant ses soeurs aînées, leur doit donner à chacune une chèvre et un mouton le jour de son mariage ; déroger à cette coutume serait s'attirer de grands malheurs.
Celle qui envoie un chat à son amant, lui donne congé.
Quand un mariage a lieu, celui des deux époux qui, après avoir reçu la bénédiction nuptiale, se lèvera le premier, sera le maître dans la maison. Il est rare que la mariée se laisse prévenir.

La jeune fille qui a mis la première épingle à la fiancée doit elle-même se marier dans l'année ; il n'en est pas ainsi de celle qui marche sur la queue d'un chat. L'épingle que les jeunes filles jettent dans une fontaine, située près de Sainte-Sabine, lieu de pèlerinage, dans les forêts de Saint-Étienne, arrondissement de Remiremont, leur annonce, si elle surnage, un mariage prochain.

Bien des personnes pensent que si elles ont de l'argent sur elles la première fois qu'elles entendent, au printemps, le chant du coucou, elles ne manqueront pas d'en avoir toute l'année.

Une étoile qui file annonce qu'une âme entre dans le purgatoire ou qu'elle vient d'en être délivrée : dans ce doute, on lui doit une prière.

Rencontrer, au départ, deux brins de paille ou deux morceaux de bois placés par hasard en croix, est d'un très mauvais augure. Cela suffit quelquefois pour faire suspendre un voyage à bien des gens.

Deux couteaux mis de la sorte sur la table, par la maladresse d'une domestique, ne sont pas vus d'un meilleur oeil.

Une poule qui imite le chant du coq, annonce la mort du maître ou de la maîtresse : aussi l'on ne fait faute de la tuer et de la manger, comme unique moyen de prévenir le malheur qu'elle présage.

Homme ou femme qui veut avoir sept jours de suite de beauté, doit manger du lièvre.

La bûche que l'on a mise à l'âtre la veille de la Noël est retirée soigneusement du feu avant qu'elle soit entièrement consumée. On l'éteint avec de l'eau bénite, et on la conserve toute l'année comme préservatif contre le tonnerre.

Ceux qui se lèvent de bonne heure le jour de la Trinité, peuvent, s'ils sont en état de grâce, voir lever trois soleils. Des malheurs inévitables sont attachés aux voyages entrepris ce jour-là.

L'hirondelle est regardée comme portant bonheur à la maison où elle a construit son nid. Aussi l'on a soin de laisser ouvertes nuit et jour les fenêtres des chambres où elle a établi sa demeure.

On croit aussi que la bénédiction du ciel descend sur les foyers où le grillon fait entendre son chant.

Il est accrédité, dans quelques endroits, que le soir, dans l'été, on entend parfois, dans les airs, une troupe de musiciens qu'il est fort dangereux de rencontrer. On l'appelle Mouhiheuken ; il faut, pour ne pas en être mis en morceaux, se coucher le ventre contre terre.

Il y avait, dit-on, autrefois dans l'église de Remiremont les statues de trois saints, nommés saint Vivra, saint Languit, saint Mort . Lorsque quelqu'un était malade, on faisait brûler un cierge devant chacune d'elles. Le dernier qui s'éteignait annonçait si le malade guérirait, languirait longtemps ou mourrait. Ces statues n'existent plus aujourd'hui.

La croyance aux follets, aux esprits se reproduisant la nuit sous la forme humaine, aux loups-garous, est encore généralement répandue dans la campagne.

Quant aux sorciers, on en admet de deux espèces, de bons et de mauvais, qui donnent des maléfices ou qui en délivrent. Une lutte s'établit entre eux pour cela ; le plus savant est celui qui triomphe de l'autre.

Il est encore plusieurs villages où l'on parle d'un chasseur mystérieux qui, depuis des milliers d'années, parcourt avec une nombreuse meute les vastes forêts de la contrée. Cette chasse se renouvelle à diverses époques de l'année et dure plusieurs nuits de suite. Malheur à l'homme qu'il rencontre sur son passage ! Bien des voyageurs égarés ont été, dit-on, la proie de ses chiens affamés.

On croit encore, en certains endroits, au pouvoir des fées, et plusieurs localités ont conservé des noms qui attestent combien elles y étaient en vénération. Dans la commune de Bresse est une ferme dite des Fées. Sur la montagne d'Ormont se trouve le porche des Fées. Un hameau de la commune d'Uriménil est nommé Puits des Fées. Le pont des Fées, situé près de Remiremont, est une vaste construction en pierres sèches, que le peuple attribue à ces divinités du Moyen Age.

Quelques superstitions lorraines (d'après un article de 1904)


Les fontaines réputées miraculeuses ne manquent point dans les trois départements lorrains (Meurthe et Moselle - Meuse et Vosges ! La Moselle est alors considérée comme Allemande, en ce temps-là...), et nombre de gens n'ont pas cessé d'avoir en la vertu de leurs eaux la même confiance que les ancêtres. Au sud-ouest de la Meuse, entre Gondrecourt et Ligny surtout, à Reffroy, à Badonvilliers, à Tourailles, saint Christophe, sainte Anne, saint Michel ont gardé leurs partisans convaincus. Là-bas, lorsqu'un jeune enfant souffre et languit, sa mère ou quelque autre de ses proches s'achemine, avec une chemise du malade, vers l'une des sources consacrées à ces élus.

La chemise est jetée sur l'eau du bassin. Surnage-t-elle ? L'enfant est condamné comme ne tenant pas du saint. Si, au contraire, elle coule à fond tout entière, l'enfant tient tout entier du saint, patron de la fontaine ; il est sauvé, immanquablement, il guérira ! Dans l'un et l'autre cas, la famille fait une neuvaine de prières qui hâtera la mort ou le rétablissement de l'enfant. Il se peut qu'une partie seulement de la chemise soit immergée : l'eau est si capricieuse ! Il est dès lors certain que seule la partie correspondante du corps est atteinte ; toutefois la neuvaine s'impose encore.

En d'autres villages de la Meuse, si la chemise plonge, c'est au contraire de mauvais augure. A Vaux-la-Petite, jusqu'en 1865, on faisait sécher, sans la tordre , la chemise immergée dans la fontaine consacrée à saint Julien et l'on en revêtait le petit malade pour assurer la guérison. Ces usages ne sont pas particuliers au département de la Meuse ; ils existent aussi en Meurthe-et-Moselle, près de Toul.

Il serait oiseux de citer les sources de Lorraine réputées miraculeuses, celles qui passent pour souveraines contre la fièvre, les maux d'yeux et d'oreilles, les coliques. Contentons-nous d'indiquer la fontaine de la Pichée, près de Pintheville (Meuse), douée d'innombrables vertus curatives, parce que la Vierge y est venue se laver les pieds . Ne demandez pas aux gens du village dans quelles circonstances la Vierge procéda à ces ablutions ; vous risqueriez de vous faire écharper.

Par contre, les habitants d'Arrancy, tout au nord de la Meuse, près de Longuyon, ont perdu toute confiance en saint Martin. La légende rapporte que le saint voyageait en ces parages, quand le pied de sa monture, rencontrant un caillou, y creusa un trou de 12 centimètres de diamètre en forme de fer à cheval. Toujours, même par les plus grandes sécheresses, cette cavité contient de l'eau, une eau curative, ou plutôt qui l'était jadis. Saint Martin a eu évidemment à se plaindre des gens du cru, puisque l'eau du caillou ne guérit plus. Le Caillou de saint Martin n'est aujourd'hui qu'un but de promenade et un objet de curiosité.

Chaque saint a naturellement sa spécialité ; le même ne saurait tout faire. Mais il est des cas embarrassants où l'on ignore lequel il faut invoquer pour obtenir la guérison d'une personne gravement malade. Cruelle perplexité ! La famille devra recourir à la tireuse de serviette. Voici, dit M. Labourasse ( Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de Bar-le-Duc), comment on procède au centre de la Meuse, notamment dans les cantons d'Étain, de Fresnes et de Spincourt : "Une espèce de mégère tend au consultant une serviette dont il prend l'un des bouts, tandis qu'elle tient l'autre ; elle la tord, puis en mesure la longueur à la coudée. Elle pose alors diverses questions à la serviette, et suivant que celle-ci, par quelque habile tour de main de l'opératrice, se raccourcit ou s'allonge, elle est censée répondre oui ou non. Et l'on est obligé, si le malade est taché du bain de tel ou tel saint , d'entreprendre un pèlerinage vers celui qu'elle indique, de lui faire des offrandes, de brûler des cierges et d'accomplir en son honneur des neuvaines dont, moyennant finances, se charge la sybille, hâtant la mort ou la guérison du malade. Plus on est généreux, plus les prières sont efficaces. Le bon billet !"

Tout le monde ne tire pas la serviette : c'est une spécialité ; on naît tireuse de serviette, on ne le devient pas ; c'est un don, quoi ! Une femme de Béchamp (Meurthe-et-Moselle) excellait, il y a quelques années, dans cet art facile de rançonner, en frisant la correctionnelle, les paysans plus que naïfs. Dans quelques localités du canton de Fresnes-en-Woëvre, à Haudiomont par exemple, la serviette est remplacée par une nappe. Partout, qu'il s'agisse d'une serviette ou de sa grande soeur la nappe, si le malade ne guérit pas, c'est que lui ou son délégué manque de foi.

Au sud de Verdun, à Génicourt-sur-Aleuse, et près de Vaucouleurs (Meuse), le secret a conservé de chauds adeptes parmi ceux qui sont affligés d'entorses, de foulures, etc. ; mais ici, c'est un homme qui opère. Après avoir mis à découvert la partie malade, il se déchausse le pied droit et fait sur le siège de la douleur un signe de croix avec le gros orteil en disant : Panem nostrum quotidianum ; puis il marmonne une formule composée de mots absolument incohérents. D'un linge trempé dans l'urine d'un homme (quel que soit cet homme) il fait une compresse qu'il chauffe sous la cendre et qu'il applique ensuite sur le point douloureux. Le patient est tenu de réciter cinq pater et autant d'ave en mémoire des cinq plaies du Christ, ou de faire à heures fixes une neuvaine de prières déterminées. La guérison survient après un laps de temps égal à celui qui s'est passé entre l'accident et l'intervention de l'opérateur. Le traitement par le secret s'étend également aux animaux atteints de coliques, de tranchées.

Les oraisons varient ; chaque guérisseur par le secret a la sienne. Qu'il nous suffise de citer deux de ces prières, celle qui vous délivrera, non des rhumatismes ou de la teigne, mais du mal de dents, et celle qui débarrassera, le cas échéant, votre cheval des tranchées.

Voici la première :
Pour guérir le mal de dents.
- "Sainte Apolline, assise sur la pierre de marbre, Notre-Seigneur passant par là, lui dit : "Apolline, que fais-tu là ?
- Je suis ici pour mon chef, pour mon sang, pour mon mal de dents.
- Apolline, retourne-t'en... Si c'est une goutte de sang, elle tombera ; si c'est un ver, il mourra."
Réciter ensuite cinq pater et cinq ave, puis faire le signe de la croix, avec le doigt, sur la joue en face du mal que l'on ressent, en disant : "Dieu t'a guéri par sa puissance."

L'oraison suivante chassera les tranchées des chevaux :
"Cheval noir ou gris (il faut indiquer soigneusement la couleur du poil de la bête) appartenant à N..., si tu as les avives de quelque couleur qu'elles soient, ou les tranchées rouges, ou trente-six sortes d'autres maux, en cas qu'il y soit, Dieu t'a guéri et le bienheureux saint Éloi. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit."
Ensuite cinq pater et cinq ave pour remercier Dieu de sa grâce.

On voit que la sorcellerie n'est pas morte, dans un pays où jadis sorciers et sorcières étaient assez malmenés puisque, en 1583, deux sorciers et huit sorcières furent brûlés vifs à Saint-Mihiel, en une seule fois.

Dans une des plus charmantes communes de la Meuse, aux Islettes, quand un jeune enfant a des convulsions, la mère prend son petit bonnet et le jette au feu. Si les douleurs sont aussi intenses après la combustion complète, inutile d'appeler le docteur, toute médication est superflue. "Si vous souffrez de points de côté, écrit l'instituteur de Mogeville, mettez sur un verre d'eau autant de grains d'avoine que vous ressentez de ces points, puis faites le signe de la croix à rebours chaque fois qu'un grain descendra au fond du verre ; autant de grains immergés, autant de points disparus. Si vous trouvez une taupe vivante, sans la chercher, tuez-la et mettez dans un sachet son museau et ses pattes ; suspendu au cou d'un enfant, ce sachet lui épargne toute douleur à l'époque de la dentition".

A Luméville, pour faciliter la dentition des bébés, on leur pend au cou certains os de poisson.

A Landrecourt, près de Verdun, on se débarrasse des verrues en jetant des pois dans un puits.

Aux environs de Vaucouleurs, quelques personnes mangent, le jour de Pâques, des oeufs pondus le Vendredi saint dans la matinée ; elles s'imaginent ainsi se préserver de la fièvre pendant toute l'année. D'autres jeûnent ou font simplement abstinence, le jour de Pâques, pour conjurer le mal de dents. Ce sont celles qui n'ont aucune foi dans l'efficacité de l'oraison à sainte Apolline.

Enfin, croirait-on que, dans le nord de la Meuse, on se figure qu'en disant, le jour de la Saint-Nicaise (11 octobre), une oraison spéciale, vous pouvez envoyer chez un de vos ennemis les rats et les souris qui vous gênent chez vous ? Voici une sommation aux rongeurs : "Rat, rate ou souriate, souviens-toi que sainte Gertrude est morte pour toi dans un coffre de fer rouge ; je te conjure, au nom du grand Dieu vivant, de t'en aller hors de mes bâtiments et héritages". Si l'on ne tient pas à envoyer rats et souris chez un voisin dont on a à se plaindre, on ajoute : "et d'aller aux bois sous les trois jours". Dans le cas contraire, c'est en somme assez peu compliqué : on écrit sur de petits morceaux de papier des signes cabalistiques, et l'on fait pour les souris un pont formé d'une simple planche ; elles ne sont pas exigeantes.

Les fées amoureuses des hommes

Plusieurs gwerziou parlent d'une fée qui se présente dans la forêt à un seigneur venu pour y chasser ; elle lui dit qu'elle le cherche depuis longtemps, et que maintenant qu'elle l'a trouvé, il faut qu'il se marie avec elle, ajoutant que s'il refuse, il restera sept ans dans son lit, ou mourra au bout de trois jours, à son choix.

Dans une chanson de la Loire Inférieure, c'est la Mort personnifiée qui a pris la place de la fée :

Le comte Redor s'en va chasser
Dans la forêt de Guémené,
En son chemin a rencontré
La Mort qui lui a parlé :
- Veux-tu mourir dès aujourd'hui
Ou d'être sept ans à langui.


En Gascogne, deux frères jumeaux voient dans un bois deux fées qui leur proposent de se marier avec elles le lendemain, à la condition que d'ici là, ils ne boiront ni ne mangeront. L'un d'eux, sans y prendre garde écrase sous sa dent un épi de blé, et la fée refuse de l'épouser. Son frère devient le mari de sa compagne, après lui avoir promis de ne l'appeler ni fée, ni folle. Au bout de sept ans, sa femme ayant fait couper du blé avant maturité, parce qu'elle prévoyait un grand orage, son mari la traita de folle, et elle disparut pour toujours.

Ces unions de dames forestières avec des hommes semblent maintenant à peu près ignorées de la tradition, qui les représente comme vivant entre elles ; elles ne forment pas comme celles de la plupart des autres groupes localisés, des espèces de familles ; il n'y a point de féetauds (fées mâles), sous le couvert , et la légende qui suit est la seule où il soit question de leurs enfants.

Dans la forêt de Jailloux (Ain) sont de très vieilles fées qu'on appelle les Sauvageons. L'une d'elles avait un petit qui allait toujours courant sur les sapins que les bûcherons coupaient. Un jour, ils firent faire des souliers rouges et les clouèrent sur le bois. L'enfant mit ses pieds dedans et fut pris. Mais il était triste et se refusait obstinément à parler. Pour lui délier la langue, on employa le même procédé qu'en Bretagne, et l'on mit des coquilles d'oeufs devant le feu. L'enfant dit alors aux bûcherons :


J'ai bien des jours et bien des ans
Jamais, je n'ai vu tant de p'tits tupains blancs
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