vendredi 14 septembre 2007

La fée Polybotte

De toutes les fées qui vivaient dans la région de Gérardmer, Polybotte était la plus puissante et la plus redoutée. Elle habitait la montagne de Naymont dans une grotte au coeur de la forêt de Martimpré. Elle avait mauvaise réputation, car sa méchanceté s'était exercée à plusieurs reprises aux dépends des paisibles Géromois. Sa laideur physique était proverbiale. Aussi était-il rare qu'un habitant, à la recherche de bois mort, osât se hasarder dans les parages de la grotte qui était, affirmait on, le vestibule de son palais.
Or, un jour, un noble chevalier qui accompagnait le Duc de Lorraine à une chasse à l'ours dans les environs de Gérardmer, s'égara dans l 'immense forêt. A la nuit tombante, fatigué, son cheval fourbu, il avisa une anfractuosité de roc qui sembla un abri suffisant pour passer la nuit. Il décida donc de s'y reposer, avant de rejoindre ses compagnons le lendemain. Mais c'était la grotte de la redoutable fée Polybotte.
A peine le chevalier avait franchi le seuil, qu'il se vit soudain enveloppé d'une éblouissante clarté. Dans le fond de la grotte, les rochers semblaient s'entrouvrir sur une salle immense, aux resplendissants murs de cristal. Le sol était recouvert d'un gazon coupé ras, où l'on apercevait des fleurs splendides qui embaumaient l'air d'un parfum capiteux et ensorcellent. Une musique vaporeuse, irréelle, paraissait jaillir des profondeurs de l'antre, sans que l'on pu distinguer les musiciens. Surpris, le chevalier s'arrêta et, se passant la main sur les yeux :
-Par le Diable et par l'Enfer, je ne rêve pas! Mais où suis je donc ?
Mais il était très brave et résolument, il avança. Alors il vit venir à lui une vieille dame très grande qui portait sur le front un diadème orné de pierres, plus précieuses les une que les autres. Elle était entourée de nains, d'elfes et de sotrés qui formait un cortège enchanteur. De sa voix douce et légère, elle invita le chevalier à devenir son hôte pour la nuit. Cette dame, c'était Polybotte...
Le chevalier accepta son hospitalité, conscient qu'il allait certainement vivre une expérience hors du commun. Polybotte lui indiqua une couche de fleurs fraîches sur laquelle il s'allongea. Puis les elfes et les nains, dansant et chantant, lui servirent comme ils auraient fait à un Dieu, des mets succulents et des boissons merveilleuses. Mais le temps défilait et le chevalier commençait à penser qu'il devrait rentrer bientôt.
Face à lui, Polybotte le regardait étrangement, ses yeux brillaient. Elle déployait tous les stratagèmes imaginables pour ranimer la conversation. Et faire naître l'amour car elle avait trouvé sa moitié, elle en était sûre. Le chevalier compris et se sentit soudain mal à l'aise. La fée, aux premiers abords était attirante par sa gentillesse et sa richesse. Mais son charme était inexistant, elle était laide et son visage était couvert de rides aussi profondes que le sont les vallées de la montagne.
- Noble chevalier, l'aube va bientôt poindre derrière les grands sapins. Votre départ me rend triste car, malgré ma puissance, je m'ennuie et j'aurais besoin de votre amour si vous consentez à m'en donner.
- Noble Dame, vous êtes merveilleuse et c'était un cadeau inespéré que de vous rencontrer. Mais ma femme et tous mes compagnons m'attendent dans mon château. Je ne puis les abandonner...
- Comment cette vie aussi misérable que celle que tu menes peut t'attirer ? Je t'aurais pourtant offert bien du bonheur... Mais si tel est ton désir, alors va, mais prends garde à toi car la bise du matin est glaciale en cette saison...
Sa voix était menaçante et son visage s'était fait plus rude. Le pauvre chevalier en frissonna d'horreur. Déterminé à quitter les lieux sans plus tarder, il se leva et s'approcha de l'entrée de la grotte. Brusquement, un énorme bloc de glace se détacha de la paroi rocheuse et l'emprisonna tout entier.


Aujourd'hui encore, lorsque l'on s'aventure dans les bois près de Gérardmer, on peut voir, dans la fente de Kertoff, de la glace à n'importe quels moments de l'année. Alors, si vous passez par là, ne vous laissez pas prendre au piège...

Conte de fées

Le conte de fées, est un récit iniatique, conçu non pour émerveiller ou terroriser l'enfant, mais pour le "faire grandir". Il a une riche portée symbolique.

LA FORÊT
La forêt, espace sauvage, non civilisé, est le lieu de tous les dangers. C'est là que sont rejetées toutes les créatures fantastiques qui peuplent les contes : ogres, sorcières, loups, peuple des nains...
Elle symbolise donc par excellence le lieu de l'épreuve pour celui qui doit par force s'y aventurer, le lieu où il affronte son destin, pour atteindre l'âge adulte.


LA CATASTROPHE INITIALE

Les épreuves qui attendent l'enfant ou l'adolescent dans le conte sont multiples , mais commencent presque toujours par une séparation familiale liée à une "catastrophe" : ruine du père de la Belle dans la Belle et la Bête, danger de l'inceste dans Peau d'Âne, appauvrissement conjoncturel des parents dans le Petit Poucet, présence d'une marâtre dans Blanche-Neige ou Cendrillon.

Le psychanalyste Bruno Bettelheim écrit : " Pour qu'il y ait un conte de fées, il faut qu'il y ait une menace - une menace physique, dirigée comme l'existence physique du héros"

MENACE, DEFIS, EPREUVES

La menace se concrétise ensuite sous la forme des rencontres que va faire le héros, généralement dans la forêt, et dont il devra triompher : la rencontre avec la Bête, avec l'Ogre, avec la reine-sorcière, avec le loup, avec le cadavre des femmes de Barbe-Bleue. Tous ces personnages symbolisent les difficultés de la vie réelle, par opposition à la vie paisible et heureuse qui est donnée comme norme du bonheur. Le héros, parti à la découverte de lui-même, affronte, le plus souvent avec succès, cet inconnu et l'emporte sur lui par son intelligence (le Petit Poucet, le Chat Botté) ou sa droiture (Cendrillon, Blanche-Neige, Peau d'Âne). Ainsi le Petit Poucet utilise-t-il tous les ressorts de la ruse pour se tirer de la situation terrrible dans laquelle il se débat en compagnie de ses frères : il se cache sous l'escabeau du père, puis sous le lit de l'ogre, échange le bonnet de ses frères contre les couronnes des petites ogresses pour tromper leur père, et enfin ment à la femme de l'ogre pour s'emparer de ses richesses.

La tentation, qui est l'une des épreuves, revêt elle aussi le plus souvent un caractère symbolique : ce sont les fruits rouges que ramasse le Petit Chaperon Rouge, la pomme que la vieille femme offre à Blanche-Neige, les clefs qui ouvrent la porte du cabinet secret de Barbe-Bleue ; "Etant arrivé à la porte du cabinet, elle s'y arrêta quelque temps, songeant à la défense que son mari lui avait faite, et considérant qu'il pourrait lui arriver malheur d'avoir été désobéissante ; mais la tentation était si forte qu'elle put la surmonter : elle prit donc la petite clef, et ouvrit en tremblant la porte du cabinet".

Les héros, une fois surmontées ces épreuves diverses où ils ont côtoyé la mort, peuvent enfin jouir de la vie et connaitre le bonheur : l'amour, le mariage, les enfants. Une des rares exceptions à cette victoire est la version noire du Petit Chaperon Rouge de Perrault. Les frères Grimm y remettront bon ordre en organisant le "happy end" du chasseur qui vient libérer la petite-fille et sa grand-mère< <

UNE FORÊT DES SYMBOLES

Pour Bruno Bettelheim, le conte abonde en symboles sexuels : l'escalier du donjon représente l'acte sexuel, la clef qui tourne dans la serrure la pénétration, la couleur rouge du chaperon "les émotions violentes et particulièrement celles qui relèvent de la sexualité". Quant au temps de sommeil imparti à la Belle au bois dormant, n'est-il pas le temps nécessaire à la jeune fille pour se préparer à l'acte sexuel et à la procréation ?


La couleur rouge est le symbole omniprésent du sang et de la sexualité féminine. Ainsi, la méchante reine coupe-t-elle en deux la pomme qu'elle offre à Blanche-Neige et en mange la partie blanche, laissant la partie rouge, empoisonnée, à la jeune fille. Quant à Blanche-Neige, elle est décrite avec une peau aussi blanche que la neige et aux lèvres aussi rouges que le sang, ce qui permet de penser, selon une interprétation psychanalystique, qu'elle est à la fois impubère et érotique. Blanche-Neige met fin à son innocence en croquant la partir rouge de la pomme, à la fois symbole de la puberté et du désir sexuel. Quant au petit Chaperon rouge, hésitant "entre le principe du plaisir et le principe de réalité", elle présente "toutes les caractéristiques de l'enfant qui lutte déjà avec les problèmes de la puberté, pour lesquels elle n'est pas mûre sur le plan affectif, n'ayant pas encore maitrisé ses conflits oedipiens".

ILS SE MARIERENT ET EURENT BEAUCOUP D'ENFANTS

Le bonheur et l'amour qui attendent le héros ou l'héroïne du conte peuvent aujourd'hui paraître quelque peu décalés. Pourtant l'analyse, par Bettelheim, des contes de fées, comme récit initiatique demeure crédible si l'on s'en tient à une interprétation très globale : "Tel est exactement le message que les contes de fées, de mille manières différentes, délivrent à l'enfant : que la lutte contre les graves difficultés de la vie est inévitable et fait partie intrinsèque de l'existence humaine, mais que si, au lieu de se dérober, on affronte fermement les épreuves attendues et souvent injustes, on vient à bout de tous les obstacles et on finit par remporter la victoire.
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