jeudi 17 décembre 2009

Père Fouetta


Jadis en Féerie
Père fouettard - cet affreux !-
fessait à tour de bras
c'était là son dada

Garnements, polissons
insolents ou espiègles
en grandes déculottées
subissaient ses raclées.

Martinets en tous genres
sa collection comptait
mille "Chats à neuf queues"
comme il aimait à dire.

(Jusqu'à c'qu'il se trompa...)

Un jour qu'il fouettait
un "diablotin" de plus
le loupiot supposé
s'avéra fils de fée !

Une formule magique...
le sort était jeté...
martinets transformés !
le fesseur "corrigé" !

(Père "fouetta" maintenant
a d'autres chats à fouetter...)

***
Texte : Renaud Marhic avec Joëlle Rose
Illustation : David Roussel

AK Editions





Petits cubes pour petits objets



Cliquez sur les images pour les agrandir.
Enregistrez-les dans votre PC, imprimez, découpez,
reconstituez la boite et cachez-y un petit objet...
Bonne Fête de Noël !

Boite pour Noël


Cliquez sur l'image pour l'agrandir.
Imprimez-la, puis coupez et assemblez.
Voilà de quoi ranger vos petits secrets dans cette jolie boite...
ou tout simplement offrir un petit cadeau à vos lutins préférés....


mardi 15 décembre 2009

Désolée pour ces trous dans la forêt de Mélusine


Il était une fois une mini tempête dans la forêt de Mélusine... qui dura quand même 10 jours !
Or, vous savez que les arbres de la forêt au pays des fées sont sacrés ! Ils reçurent une secousse telle que le sol trembla... juste un peu... mais suffisamment pour que la réception avec les humains, les elfes, les nains s'en trouva perturbée...Les contacts s'avérèrent difficiles. Sûrement des lutins farceurs qui voulurent s'amuser avant Noël !!!
Un ingénieur fut interpellé, fit des tests et affirma que le domaine était à refaire entièrement...
Lasse d'avoir sans arrêt des pannes sur les lignes de cet ogre Internet, Mélusine fut sur le point d'aller voir ailleurs ce qui pourrait soigner cette forêt et la rendre plus efficace... quitte à changer complétement de direction. En discutant avec Aby, elle contrôla néanmoins sa box, débrancha, rebrancha... et soudain... la lumière revint ! Du bas débit, le haut débit revint en force et tous ses appareils aussi !
Quelle joie !!
Enfin, elle peut à nouveau partager ses images, envoyer des messages et tout et tout. Elle ignore si ça va durer, mais pour l'heure, c'est l'euphorie...
C'est la deuxième fois en moins d'un an que des secousses arrivent, sans que la Haute Direction trouve l'origine de la panne ! Vous y croyez, vous ? Il n'empêche que les serviteurs de cet ogre Internet devront revoir leur copie, car Mélusine va certainement se diriger vers une prairie plus verte...
En attendant, excusez Mélusine pour ses déboires et ses venues saccadées sur le domaine, sans avoir le temps de vous saluer individuellement et vous remercier pour vos commentaires.
Bon, actuellement, vous devez être pris par les fêtes de fin d'année qui approchent à grands pas...
Pas d'inquiétudes, c'est normal ! On se retrouvera plus longuement en 2010...
Grosses bises à tous !
Mélusine

Le Groumf


Le Groumf, ou "Voleur de doudous", doit son nom aux onomatopées dont il est coutumier. Velu comme on ne peut pas plus, il présente un cousinage probable avec cet "homme des neiges" qu'on dit "abominable". (Signalons ici l'un des grands scandales de la cryptozoologie : il y a tromperie sur la plupart des photos de Yeti ! Et on nourrit les mêmes doutes quant à celles du Bigfoot. Un rien cabotin, le Groumf aime à se laisser photographier. Ce dont certains savent profiter...)

Habitant des bois et des forêts, le Groumf délaisse parfois les futaies, pour s'aventurer en milieu urbain où il commet mille et un larcins. Toujours affamé, on le repère fréquemment près des garde-manger. Plus encore, il sème la panique dans les parcs publics. Détestant par-dessus tout que les enfants maltraitent leurs doudous - peluches élimées ou jouets assimilés - il dérobe les ours en fin de course, les souris avachies, les lapins mal en point, les robots en morceaux, les lucioles qui s'étiolent, les Marsu' mal fichus, les Babar qu'en ont marre, et, naturellement, tous les chiffons qui ne sentent pas bons. on le sait bien, à cela personne ne peut rien. Car le Groumf est équipé d'une massue qui, dans la discussion, lui donne toujours raison...

Pour la seule année écoulée, on attribue au Voleur de doudous, la disparition de 123 492 petits compagnons. Inutile de chercher à les retrouver. En leur rendant leur liberté, le Groumf leur a permis de s'animer. Emancipés du genre humain, ils appartiennent désormais au monde des Lutins !

Taille : Créature grand format, Trolls, Lutins et Gobelins lui parlent tout bas.
Poids : Il le pèse en saucisses, dérobées aux marchands chez qui il s'immisce.
Signe(s) particulier(s) : Cet être curieux au pelage soyeux a tout d'un doudou... Incapable de méchanceté, s'il spolie les petits, c'est par solidarité envers ses semblables martyrisés.
Comment le rendre inoffensif ? Achetez vos doudous par paire. le premier chapardé ne vous restera plus qu'à lui substituer son corollaire. (Méthode approuvée par l'Association SOS Doudous Égarés).

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Tiré des Lutins en milieu urbain
AK Editions/Marhic/Roussel - juin 2003




lundi 14 décembre 2009

Bug le Gnome

Bug le Gnome, ou "Gnominidé des pannes", buvait jadis l'huile des lampes, soufflait sur les bougies, urinait dans les barriques de vin, bouchait de son petit corps potelé l'extrémité des cheminées, et déferrait les chevaux arguant du confort des animaux....

Nullement dépassé par le progrès, il a su adapter ses effets pour, en toutes circonstances, conserver sa capacité d nuisances. Ainsi a-t-il accueilli avec joie l'arrivée de l'électricité. Friand de châtaignes, amateur de gnons, il est à l'origine des lumières qui s'éteignent et des baisses de tension. Pour provoquer les courts-circuits, il manie à l'envie fourchette, ciseaux et pique à bigorneaux. C'est plus fort que lui : fourrager les prises, voilà qui l'électrise ! Plus mystérieuse est la "danse des claviers" que Bug aime à pratiquer dès lors que les informaticiens ont le dos tourné. Une véritable transe qui l'amène à enfoncer des touches étudiées tandis qu'il psalmodie : "Ctrrllllllllll... altttttttttttttt... suprrrrrrrrrrr..... ; ctrrlllllllllll.... alttttttttttt... suprrrrrrrrrrr... ; ctrllllllllllllllll... alttttttttt... suprrrrrrrrrrrrr....."
(Sûrement qu'en ce moment même, Bug le Gnome joue avec mes circuits !!)

Des esprits chagrins attribuent à Bug le Gnome les plus gros des fléaux : le naufrage du Titanic, le 14 avril 1912 ; l'incendie du zeppelin Hindenburg, le 6 mai 1937 ; la grande panne de courant à New York, le 9 novembre 1965 ; etc. D'une terrible mauvaise foi, il ne reconnaît qu'un bris de vase, à Soissons, vers 486 de notre ère, sans plus d'explication...

Il est à noter que, depuis le 1er janvier 2000, la réputation de Bug - que l'on a attendu en vain - est quelque peu sur le déclin.

Taille : Inversement proportionnelle aux ennuis qu'il occasionne
Poids : Incontestablement, Bug est lourd...
Signe(s) particulier(s) : A ses heures perdues, il fréquente d'abondance les déchetteries. On crut un temps qu'il y cherchait la compagnie de Bernard des décharges. Que nenni ! C'est le spectacle des mécaniques et appareillages défraîchis qui le ravit. Et donc, il y fait souvent la rencontre du Hurleur incompris (souvenez-vous : celui qui chante faux et prend des poses dans les postes de télé détraqués !)
Comment s'en préserver ? Inscrivez le sigle HS sur chaque pièce de votre électroménager. face à ce talisman, Bug se détournera en bougonnant.


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Tiré des Lutins en milieu urbain
AK Editions /Marhic/Roussel - juin 2003


vendredi 11 décembre 2009

Le Hurleur incompris

Le Hurleur incompris, ou "Troll banni", toujours le cœur en fête, n'a qu'une idée en tête : sérénades, aubades et roucoulades... vous vendre sa salade. son défaut ? le bougre chante faux... archi-faux ! terriblement faux ! C'est question d'évolution. Parce qu'il sent très fort des pieds, la nature l'a doté d'un nez continuellement bouché, évitant que par sa propre odeur il soit lui-même incommodé. Résultat : il nasillonne et s'époumone comme un vieux mégaphone.

Même les Trolls, ses pareils, ne l'entendent pas de cette oreille. Chassé de sa communauté, le Hurleur incompris infeste tous les endroits où il peut zinzinuler sans crainte de se faire huer : cabarets abandonnés, théâtres désaffectés et, bien sûr, les studios d'enregistrement, du moment que les humains en sont absents. événement des plus rares, un "banni" a pu être enregistré par hasard. C'est un micro resté branché qui l'a révélé : ses terribles ritournelles atteignent les 120 décibels ! (Depuis, ce précieux document a disparu mystérieusement. pourquoi le cacherait-on ? à l'heure où nous écrivons, les soupçons se portent sur une star québécoise de la chanson qui n'aurait pas supporté la comparaison...)

Le Hurleur incompris se croise encore dans les déchetteries. Là, sous le regard d'un Bug le Gnome attendri (présenté plus tard), il prend volontiers des poses affectées dans les postes de télé détraqués.( A noter que le passage au 16/9e lui cause quelques problèmes, les écrans allongés le faisant apparaître bonnet plié...). On ne sera pas surpris de le trouver ici, décidément, en bonne compagnie : celle d'un autre lascar, nommé Bernard, dont les éructations lui servent d'orchestration...

Taille : sa répartie favorite : "Tu comprendras ça quand tu seras p'tit..." en dit long sur son format mini-mini...
Poids : Du simple au double en fonction de l'air dont cette demi portion se remplit les poumons.
Signe(s) particulier(s) : Avenant comme une peluche, du Voleur de doudous il est la coqueluche
Comment ne pas devenir sourd ? Qui, de loin, entend tintinnabuler la clochette qu'il porte au sommet de son bonnet, se hâtera de décamper avant que le Hurleur incompris ne s'égosille.


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Tiré des Lutins en milieu urbain
AK Editions/Marhic/Roussel - juin 2003


jeudi 10 décembre 2009

Légende de St Genest (suite)


La légende de saint Genest se lie enfin étroitement à un épisode du règne de Dioclétien. Genest était comédien. Il représentait un jour devant l'empereur les mystères des chrétiens. D'après son rôle, il était catéchumène et devait recevoir un dérisoire baptême. Il s'était déjà agenouillé avec force contorsions, et se préparait, au milieu des rires des spectateurs, à la cérémonie de l'ondoiement : lorsque tout à coup il se lève, repousse violemment l'autre acteur, se tourne vers l'empereur et lui adresse les plus vifs reproches sur sa cruauté envers les chrétiens.
Les assistants crurent d'abord à une scène arrangée pour produire plus d'effet, mais ils furent bien vite désabusés quand Genest lança sur les marches du trône la coupe qui contenait l'eau, en s'écriant : "Je suis chrétien". Il fut arrêté et conduit en prison. Le préfet Plautien chercha par tous les moyens, même par la torture, à le faire renoncer à la nouvelle religion. Genest resta inébranlable. Il racontait à ses bourreaux que sur le théâtre il avait vu un ange qui tenait d'une main une feuille toute noire d'écriture, et de l'autre une palme verdoyante ; l'ange appliqua la palme contre la feuille et celle-ci devint aussi blanche que la neige ; et il ajoutait : "La page souillée, c'est ma vie passée, ce sont mes désordres que je veux effacer".

Genest fut mis à mort quelque temps après. Comment ce fait historique très peu connu, si ce n'est à Novéant, a-t-il pu produire la légende ? C'est ce qu'il serait probablement impossible d'expliquer aujourd'hui. Une petite église, d'un fort beau style du treizième siècle, et sur le portail de laquelle s'étalait fièrement la croix de Lorraine, s'élevait à côté du château et fut démolie au début du XIXe siècle. On lit dans le Pouillé du diocèse de Metz que le patronage de cette église appartenait à l'abbaye de Gorze dès la moitié du VIIIe siècle, et que "ce fut le roi Pépin qui le lui donna le jour qu'elle fit faire la dédicace de son église à laquelle ce prince était présent. Il ne se contenta pas de lui donner ce droit honorifique, mais, à l'exemple des seigneurs qui assistaient à cette cérémonie et qui firent de grandes largesses à cette abbaye, il lui donna la ville de Novian avec toutes ses dépendances". La charte de cette donation est du mois de juin 762.
Par ailleurs, on lit qu' "Adalbéron, évêque de Metz, nous apprend dans une charte de l'an 933 qu'il y avait deux églises dans la ville de Novian, une en l'honneur de saint Martin et l'autre en l'honneur de saint Genest ; que l'abbaye de Gorze en était en possession, ainsi que de la ville de Novian. Cette bulle fut expédiée pour confirmer ce droit et celui qu'elle avait sur plusieurs autres églises. Adrien IV en donna aussi une pour confirmer ce même privilège l'an 1136. Bouchard, évêque de Metz, unit à cette abbaye de nouveau l'église paroissiale de Novian, avec tout ce qui en dépendait, pour servir à la pitance des frères et pour en jouir à perpétuité, à la charge de présenter à l'archidiacre et à l'évêque, le vicaire qu'ils mettront à leur place pour avoir soin des âmes. Cette réunion fut confirmée par Louis Jeandelaincourt, archidiacre. Gérard, évêque de Metz, la confirma par une charte datée du 21 novembre 1299, enjoignant à l'abbaye et aux religieux de donner de quoi vivre honnêtement au vicaire qu'ils mettraient pour desservir en leur place".

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Photo de l'église St Genest de Novéant
par Jacky, le 27-10-06

mardi 8 décembre 2009

St Genest à Novéant ( Moselle)



L'aqueduc destiné à amener les eaux de Gorze à Metz, et dont les ruines se dressent encore gigantesques et fières au milieu du village de Jouy, fut construit par une légion romaine. Les soldats avaient trouvé si riante et si gracieuse la vallée où serpente la Moselle, qu'ils avaient résolu de s'y établir. Ils dressèrent leurs tentes le long de la nouvelle voie créée par eux pour aller à Gorze : peu à peu des maisons remplaçaient les tentes, des familles de laboureurs se joignaient aux soldats, un beau village enfin, qu'on appela Noviant à cause de sa position, s'éleva comme par enchantement sur les débris des anciens chantiers. On écrivit par la suite Novéant.
En même temps, et vis-à-vis, l'autre côté de la Moselle se couvrait de constructions plus importantes encore. Ici ce n'était plus un simple hameau, mais une ville avec son temple dédié à Jupiter Ammon (le dieu à la tête cornue), Jouy et Corny,

rappelant par leurs dénominations la divinité et ses emblèmes qu'on y adorait. Ceci se passait vers la fin du IVe siècle.
Parmi les soldats de la légion qui avait fondé Novéant, un surtout se distinguait de ses camarades par la noblesse de ses traits et la finesse de son intelligence. Chose singulière, Genest (c'était le nom du légionnaire), doué de tous les dons de la nature, en avait aussi tous les défauts. Il était joueur au possible, buveur, menteur, débauché comme le dernier des derniers de la cohorte. Ennemi acharné de la nouvelle religion, qui partout faisait des prosélytes, il se montrait païen dans toute la force du terme : aussi sa réputation était-elle ouvertement mauvaise ; on ne l'appréciait qu'au seul point de vue de son habileté sur le violon.
Un coup d'archet lui suffisait pour réunir les jeunes filles des environs et organiser de joyeuses danses, puis lorsqu'il avait amassé beaucoup de monde, il montait sur un théâtre improvisé et représentait, en les parodiant avec une verve entraînante, les mystères des nouveaux chrétiens. Il était impossible de pousser plus loin la dépravation.
Dioclétien, l'ancien esclave Sarmate, venait d'être revêtu de la pourpre impériale. La légion de la Moselle et par suite Genest furent rappelés à Rome, et remplacés par des prétoriens que craignait le nouvel empereur. Ce fut encore bien pis pour les pauvres chrétiens qui s'étaient réfugiés à Novéant ; tout l'intérêt se porta avec les nouveaux venus sur Corny et Jouy. Novéant fut déshérité, on ne lui laissa même pas les champs qui pouvaient nourrir ses habitants. Et pourtant ils les auraient si bien cultivés, ils auraient tiré un si bon parti de la forêt de Gaumont qui s'élargissait devant eux en amphithéâtre, ayant la Moselle à ses pieds...
Les chrétiens s'étaient réunis dans la chambre basse d'une maison isolée, et la nuit toute entière n'avait pu suffire au récit de leurs malheurs : les premiers rayons du jour éclairaient faiblement leurs figures creusées par la souffrance, quand le son d'un violon les fit tressaillir.
- C'est Genest !
s'écrièrent-ils en se regardant avec anxiété ; il revient pour nous tourmenter, nous sommes perdus !
Cependant le violon continuait à se faire entendre, et cette fois il rendait des sons si beaux et si énergiques, que les pressentiments sinistres s'effaçaient comme par enchantement dans l'esprit des prosélytes.
Genest fut accueilli sans défiance. C'était bien le même homme, mais ce n'était plus le même légionnaire : sa démarche était grave, sa parole calme et digne.
- Vous êtes pauvres, dit-il, je le sais ; vous n'avez pas assez d'espace pour croître et prospérer. Suivez-moi à Corny !
.
Épouvantée, l'assemblée s'écria :
- A Corny ! C'est donc pour nous faire égorger au pied de l'autel de Jupiter ?
Mais Genest était déjà sorti. Les autres le suivirent, attirés comme par un aimant surnaturel. Une barque reçut la petite troupe et la transporta bientôt sur le rivage opposé.
Ce jour-là il y avait grande fête à Corny : on avait sacrifié à Jupiter, et les autels ruisselaient encore du sang des victimes ; un brillant soleil rendait les maisons désertes. Genest ne pouvait arriver avec plus d'à-propos. Il fit résonner son violon ; les filles, les femmes, les enfants, les hommes, accoururent en masse. "C'est Genest, disait-on de toutes parts, qui nous ramène le plaisir. " Les danses s'organisèrent nombreuses et animées. Genest n'avait jamais si bien joué, les groupes tourbillonnaient devant lui avec délire.
Tout à coup le violon s'arrêta au milieu du plus beau morceau. "Je veux bien, dit Genest aux danseurs étonnés, vous amuser encore, mais tout travail mérite salaire. Qu'aurai-je pour ma peine ? - De l'argent, répondit un prétorien. - Je n'en veux pas. - De l'or, reprit un autre. - Encore moins. - Que voulez-vous donc ? firent plusieurs voix. - Je veux le beau champ de blé qui borde comme une ceinture d'or la forêt de Gaumont."

Il y eut un moment d'hésitation. Mais la musique de Genest était si suave ! si pénétrante ! "Soit, le champ est à vous. " Et la danse recommença avec fureur. Le morceau fini, Genest quitta son instrument. "Jouez, jouez encore !" crièrent les danseurs. "Vous savez bien, dit Genest, que je ne joue plus sans être payé. Vous voulez que je continue, j'y consens, mais cette fois il me faut la belle forêt de Gaumont ".
La foule étonnée répéta : "La forêt de Gaumont !" Des murmures s'élevèrent, quelques soldats firent même briller leurs épées. Genest restait impassible comme une statue. Sa musique était si suave ! si pénétrante ! "Dansons pour la forêt de Gaumont !" Et la danse devint une véritable frénésie.
Elle cessa lorsque les danseurs tombèrent haletants et épuisés. Seul Genest restait infatigable. Son magique archet devait triompher de la fatigue ; les groupes se reformèrent plus ardents et plus enivrés encore. Genest fit entendre un prélude si mélodieux, que toute la foule se sentit transportée. "Ce qui me reste à jouer est plus beau encore, dit-il d'une voix tonnante, mais je ne puis continuer si vous ne renversez à l'instant cet autel de Jupiter".
Il se fit un profond silence, la stupéfaction remplaçait l'enthousiasme ; rapide comme l'éclair la stupéfaction fit place à la colère. Des cris d'abord confus, puis des vociférations, le bruit d'armes qu'on apprête, une mêlée effroyable... les prétoriens se précipitèrent sur Genest. Un craquement sinistre arrêta les bras levés : l'autel de Jupiter venait de s'écrouler de lui-même sur sa base détruite. Genest, suivi de sa petite troupe, regagna tranquillement Novéant. Le lendemain il donnait aux chrétiens le champ et la forêt qu'il avait si bien gagnés, et disparaissait pour ne plus revenir.
C'est pourquoi la forêt de Gaumont, située de l'autre côté de la Moselle, appartient encore aujourd'hui à la commune de Novéant, et que saint Genest est le patron du village. La vallée de la Moselle de Metz à Novéant, celle du Rupt-de-Mad, sont remplies du souvenir des Romains. Les débris de toute nature qu'on y rencontre, les dénominations des localités ne permettent aucun doute à ce sujet ; et sans revenir sur Jouy (Jovis ara), sur Corny (cornu), ne voit-on pas que Rupt-de-Mad est presque latin (ruptus de rumpere, renverser, et madidus, humide) et fait allusion à l'impétuosité du petit cours d'eau qu'il désigne ?

vendredi 4 décembre 2009

Le serpent qui vomit des eaux


Des légendes des Pyrénées, qui ne diffèrent que par des détails, font remonter l'origine d'un lac à l'énorme quantité d'eau absorbée, puis rendue, par un monstre.

Le plus grand serpent que l'on ait jamais vu se trainait jadis sur le plateau d'une montagne verdoyante : de beaux troupeaux allaient et venaient dans la vallée qui, s'étendait au-dessous ; mais pasteurs, chiens et troupeaux, enlevés de terre par une force irrésistible, montaient vers le plateau magique et s'engouffraient dans la bouche du serpent. Un homme du village d'Arbouix, qui avait beaucoup de courage et d'adresse, résolut de délivrer son pays. Il établit une forge au lieu le plus secret qu'il put trouver, et lorsque le fer était rouge, il le mettait à la portée du serpent, au péril de sa vie, bien qu'il eût soin de se retirer aussitôt. Lorsque le monstre, cherchant une proie, regardait de côté et d 'autre, il voyait ce fer rouge ; il l'aspirait comme toute autre chose, et par la puissance de son souffle, il l'avalait d'un seul trait. Le feu se mit à ses entrailles, et il eut une si grande soif, qu'il se mit à boire, à boire, et il buvait beaucoup. A la fin, il creva : l'eau qu'il avait absorbée se répandit et fit le lac d'Isabit.

Dans la version de Webster, les habitants, après avoir fait rougir tout le fer dont ils pouvaient disposer, éveillent le monstre qui l'aspire, et qui, pour étancher sa soif, avale tous les ruisseaux, de Pierrefitte à Gavarnie. Quand il fut mort, l'énorme quantité d'eau qu'il avait aspiré sortit de sa gueule et forma le lac.

Le héros du récit, un peu trop mis au point, de Bladé, est un forgeron qui installe sa forge dans une grotte, et se lie, pour ne pas être attiré par le serpent, avec des chaînes ; pendant sept ans, il lui sert des barres de fer rouge : pendant sept ans, pour éteindre le feu qui le brûlait, la bête avale la neige par charretées et met à sec les fontaines et les lacs. Quand elle finit par crever, il se forma un grand lac.
La légende se poursuit ainsi : Un an plus tard, il ne restait plus que les os du serpent sur le rocher dont il avait fait sa demeure. Avec ces os, les gens du pays firent bâtir une église. Mais l'église n'était pas encore couverte, que la contrée fut éprouvée, bien souvent, par des tempêtes et des grêles comme on n'en avait jamais vu. Alors, les gens comprirent que le Bon Dieu n'était pas content de ce qu'ils avaient fait, et ils mirent le feu à l'église.