mardi 3 décembre 2019

L'oeuf d'or

figurine Harry Potter Triwizard Egg
Il était une fois, il y a très, très longtemps - au temps où l'on trouvait ce que l'on cherchait -, au cœur d'un royaume vaste et prospère, dans une chaumière au bord d'une falaise, une jeune fille qui vivait de peu, si bien cachée au fond de la forêt sombre qu'elle échappait à tous les regards. D'aucuns avaient, jadis, connu l'existence de cette petite chaumière, avec cheminée tout en pierre, mais ceux-là avaient depuis longtemps disparu et le Père Temps avait drapé tout autour un voile d'oubli. Hormis les oiseaux qui venaient chanter sur l'appui de sa fenêtre et les bêtes des bois qui recherchaient la chaleur de son foyer, la jeune fille de la chaumière vivait en solitaire. Pourtant, elle en se sentait jamais seule, car elle était trop occupée pour soupirer après une compagnie qu'elle n'avait jamais eue.
Au cœur de la chaumière, derrière une porte différente des autres pourvue d'une serrure brillante, se trouvait un très précieux objet, un œuf en or dont l'éclat était réputé si vif et si beau qu'il frappait instantanément de cécité tous ceux qui posaient les yeux sur lui. L’œuf d'or était si ancien que nul ne pouvait réellement dire son âge, et la famille de la jeune fille était chargée de la garder en lieu sûr depuis d'innombrables générations.
La jeune fille ne remettait point en cause cette responsabilité, car elle savait que telle était sa destinée. Il lui fallait cacher et protéger l’œuf. Mais, par-dessus tout, elle devait veiller à ce que son existence même reste secrète. Bien des années plus tôt, quand le royaume était encore jeune, de terribles guerres avaient éclaté à cause de l’œuf d'or, car une légende prétendait qu'il détenait des pouvoirs magiques, en ceci qu’il était à même d'accorder à son possesseur l'objet de ses désirs.
Ainsi, la jeune fille montait fidèlement la garde. le jour, elle restait à son rouet près de la fenêtre et chantait joyeusement avec les oiseaux, qui s'assemblaient là pour la regarder filer. Le soir, elle donnait refuge aux animaux ses amis, et, la nuit, dormait dans la tiédeur de la chaumière, réchauffée de l’intérieur par la lumière de l’œuf d'or. et toujours elle se remémorait que rien n'était plus important au monde que de veiller sur son "héritage".
Pendant ce temps, à l'autre bout du pays, dans le majestueux château de la reine, vivait une jeune princesse aussi belle que bonne, mais très malheureuse. Elle était de santé fragile, et la reine sa mère avait eu beau sillonner tout le royaume pour trouver quelque remède ou formule magique, rien n'avait encore su guérir la princesse. Certains prétendaient qu'un méchant apothicaire l'avait définitivement condamnée à la maladie quand elle était encore au berceau, mais nul n'osait exprimer cette opinion à voix haute. car la reine était une souveraine cruelle dont les sujets redoutaient le courroux, à juste raison.
Toutefois, la reine aimait profondément la princesse et tenait à elle comme à la prunelle de ses yeux. Tous les matins, elle se rendait à son chevet, mais hélas ! tous les matins elle la trouvait dans le même état : pâle, lasse et affaiblie.
- Tout ce que je souhaite, mère, lui soufflait alors la princesse, c'est d'avoir la force de me promener dans les jardins du château, de danser aux bals donnés au château, de nager dans les bassins du château. Guérir, voilà tout ce que mon cœur désire.
La reine possédait un miroir magique qui lui montrait tout ce qui se passait dans le royaume ; tous les jours elle lui demandait :
- Miroir, miroir, mon ami, montre-moi celui qui saura mettre fin à cette abomination.
Mais chaque jour le miroir lui répondait :
- Nul être en ce royaume ne saurait guérir votre fille en la soignant de sa main, ma reine.
Or, il advint qu'un jour la reine fut si chagrinée par le sort de sa fille qu'elle en oublia de poser au miroir sa question habituelle. Au lieu de cela elle se mit à pleurer et, au milieu de ses sanglots, dit :
- Miroir, miroir, mon ami que j'admire tant, montre-moi comment accorder à ma fille ce que son cœur désire.
Le miroir ne répondit pas, mais au bout d'un moment se forma en son centre l'image d'une petite chaumière au milieu d'une sombre forêt ; un filet de fumée montait de la cheminée en pierre.A la fenêtre, on voyait une jeune fille qui filait la laine en chantant avec les oiseaux.
- Que me montres-tu là ? s'étrangla la reine. Cette jeune femme est-elle guérisseuse ?
Le miroir répondit d'une voix grave :
- Dans les bois obscurs, à la lisière du royaume, se trouve une chaumière. A l'intérieur est caché un œuf en or doté du pouvoir d'exaucer le vœu le plus cher de celui qui s'en empare. La jeune fille que vous voyez là, ma reine, est la gardienne de l’œuf d'or.
- Comment puis-je obtenir d'elle cet œuf d'or ?
- La mission qu’elle accomplit assure la pérennité du royaume ; elle n'y consentira point aisément.
- Mais alors, que dois-je faire ?
Malheureusement, le miroir magique ne possédait pas la réponse à cette question, et l'image de la chaumière s'effaça. Mais la reine releva la tête et, d'un air supérieur, s'observa longuement dans la surface réfléchissante en soutenant son propre regard jusqu'à ce que ses lèvres dessinent un mince sourire.
Le lendemain matin de bonne heure, la reine fit venir la dame de compagnie de la princesse, sa plus fidèle camériste, une jeune fille qui avait toujours vécu dans ce royaume et qui avait à cœur le bonheur et la santé de sa maitresse. La reine lui ordonna d’aller chercher l’œuf d'or.
La dame de compagnie se mit en chemin et traversa tout le royaume en direction de la forêt noire. Trois jours et trois nuits durant, elle marcha vers l'est, et, comme le soleil se couchait au soir du troisième jour, elle parvint à la lisière des bois. Elle enjamba des branches tombées, se fraya un passage dans les feuillages, et déboucha enfin dans une clairière où se trouvait une petite maison dont la cheminée laissait échapper une fumée à l'odeur suave.
La dame de compagnie frappa à la porte. Vint lui ouvrir une jeune fille qui, malgré sa surprise de découvrir une visiteuse sur le pas de la porte, lui adressa un large et généreux sourire. Puis elle s'effaça pour la laisser entrer.
- Vous devez être bien fatiguée. Vous avez fait un long voyage. Venez donc vous réchauffer devant mon âtre.
La dame de compagnie la suivit jusque devant le feu, où elle s'assit sur un coussin. La jeune occupante de la chaumière lui apporta un bol de soupe chaude et se remit à tisser sans rien dire pendant que la camériste mangeait. Le feu crépitait dans la cheminée, et la chaleur de la pièce lui donna sommeil. Son envie de dormir était si forte qu’elle en aurait oublié sa mission si la jeune fille de la chaumière ne lui avait dit alors :
- Étrangère, vous êtes la bienvenue, mais pardonnez-moi.. Puis-je vous demander quel est le but de votre visite ?
- C'est la reine qui m'envoie. Sa majesté requiert votre concours afin de remédier à la mauvaise santé de sa fille.
A travers leurs chants, les oiseaux de la forêt apportaient parfois des nouvelles de ce qui se passait dans le royaume, aussi la jeune fille avait-elle entendu parler de la belle et bonne princesse qui vivait emmurée au château.
- Je ferai ce que je peux, dit-elle, mais je ne vois pas pourquoi ta reine m'envoie quérir, car je ne sais pont soigner.
- La reine m'a chargée de lui rapporter un objet qui se trouve en votre possession - un objet capable d'accorder à son possesseur ce que son cœur désire.
Alors la jeune fille de la chaumière comprit qu’elle parlait de l’œuf d'or et elle secoua tristement la tête.
- Je ferai tout pour venir au secours de la princesse, excepté ce que vous attendez de moi. Le devoir de protéger l’œuf d'or est mon droit de naissance, et rien au monde n'a plus d’importance. Restez ici cette nuit, à l'abri du froid et des bois solitaires, mais demain, il faudra retourner au palais informer la reine que je ne puis céder l’œuf d'or.
Le lendemain, la dame de compagnie se remit donc en route pour le château, où elle parvint au bout de trois jours et trois nuits. La reine l'attendait.
- Où est l’œuf d'or ? s'enquit-elle en constatant que la jeune fille revenait les mains vides.
- J'ai échoué, Votre Majesté, car hélas ! la jeune fille de la chaumière n'a point voulu se départir de son droit de naissance.
La reine se redressa de toute sa taille et son visage s'empourpra.
- Vous devez y retourner, ordonna-t-elle en pointant sur la camériste un long doigt crochu comme une serre d'aigle, et dire à cette jeune fille que son devoir est de servir le royaume. Faute de quoi elle sera changée en pierre et dressée dans la cour du palais pour l'éternité.
La dame de compagnie prit à nouveau le chemin de l'est et marcha trois jours et trois nuits jusqu'à la porte de la chaumière secrète. Dès qu’elle frappa, elle fut accueillie avec joie par son occupante, qui la fit entrer et là encore lui servit un bol de soupe. Puis elle s'assit à son rouet pendant que la camériste dînait, et finit par lui dire :
- Vous êtes la bienvenue, étrangère, mais veuillez me pardonner... Quel est le but de votre visite ?
- Je viens à nouveau de la part de la reine, qui requiert votre concours afin de soigner la princesse, laquelle est fort malade. Votre devoir est de servir le royaume. Si vous refusez, la reine dit que vous serez changée en pierre et dressée dans la cour du palais pour l'éternité.
La jeune fille de la chaumière sourit avec tristesse.
- Le devoir de protéger l’œuf d'or est mon droit de naissance et je ne saurais vous le céder.
- Voulez-vous donc être changée en pierre ?
- Certes non, et cela ne sera point. car en veillant sur l’œuf d'or, c'est le royaume que je sers.
La dame de compagnie ne discuta pas, car elle vit bien que la jeune fille disait vrai. Aussi, le lendemain, se remit-elle en route vers le château, où là aussi la reine l’attendait devant les murailles.
- Où est l’œuf d'or ? s’enquit la reine en la voyant arriver les mains vides.
- Ma mission a de nouveau échoué, car hélas ! la jeune fille de la chaumière n'a pas voulu se séparer de son héritage.
- Ne lui avez-vous donc point fait valoir que tel était son devoir envers le royaume ?
- Si fait, Votre Majesté, mais elle a répondu qu'en veillant sur l’œuf d'or, c'est justement le royaume qu’elle servait.
Les yeux de la reine lancèrent des éclairs et son teint devint grisâtre. Des nuages s'amoncelèrent dans le ciel, et tous les corbeaux du royaume s’en furent à tire-d'aile se mettre à couvert.
La reine se rappela alors les paroles du miroir magique - "La mission qu’elle accomplit assure la pérennité du royaume" - et ses lèvres formèrent un sourire.
- Il faut y retourner ; mais cette fois vous lui direz que si elle refuse de céder l’œuf d'or, elle portera la responsabilité du chagrin éternel de la princesse, ce qui plongera le royaume tout entier dans un interminable hiver de douleur.
Alors la dame de compagnie reprit pour la troisième fois le chemin de l'est et marcha trois jours et trois nuits jusqu'à se retrouver encore à la porte de la chaumière.  Dès qu'elle eut frappé, elle fut chaleureusement accueillie par la jeune fille, qui la fit entrer, alla lui chercher un bol de soupe et se remit à filer la laine pendant que la voyageuse mangeait, puis lui dit enfin :
- Vous êtes la bienvenue, étrangère, mais veuillez me pardonner... Quel est le but de votre visite ?
-  Je viens une fois de plus de la part de la reine, qui requiert votre concours afin de soigner la princesse souffrante. Il est de votre devoir de servir le royaume. Si vous refusez de céder l’œuf, la reine dit que vous serez responsable du chagrin éternel de la princesse, et que le royaume sera précipité dans un interminable hiver de douleur.
La jeune fille de la chaumière garda un long moment le silence, puis hocha tristement la tête.
- Pour sauver la princesse et le royaume, je veux bien céder l’œuf d'or.
La dame de compagnie frémit. Le silence s'était fait dans les bois obscurs et un méchant vent s'infiltrait sous la porte pour aller chahuter le feu dans l'âtre.
- Pourtant, il n'y a rien de plus important au monde que de protéger votre héritage, fit-elle remarquer. Tel est votre devoir envers le royaume.
- Certes, répliqua la jeune fille de la chaumière en souriant, mais à quoi ce devoir est-il bon si par mes actes, je précipite le royaume dans un hiver sans fin , car le gel s'emparerait de la terre, il n'y aurait plus d'oiseaux, plus de bêtes dans les bois, plus de blé ni d'orge. En vérité, c'est en raison même de ce devoir que je cède aujourd'hui mon œuf d'or.
La camériste la regarda d'un airé peiné.
-Mais rien en compte davantage que de protéger votre héritage ! L’œuf fait partie de vous, il vous revient de veiller sur lui.
Mais déjà la jeune fille avait pris à son cou une grosse clef dorée qu’elle inséra dans la serrure de la porte différente des autres. Au moment où elle la tournait, on entendit un gémissement au cœur même de la chaudière, comme si les pierres de l'âtre se tassaient et qu'au plafond les poutres laissaient échapper un soupir. La lumière décrut et une lueur apparut dans la chambre secrète. La jeune fille entra puis ressortit avec dans les mains un objet enveloppé dans une étoffe - un objet si précieux que l'air qui l'entourait semblait émettre une vibration.
Elle entraîna la camériste vers la porte, et lorsque toutes deux eurent atteint l'orée de la clairière, elle lui remit son inestimable héritage. Quand elle se retourna vers la chaumière, elle vit que la pénombre y régnait. Soudain incapable de pénétrer l'épaisse forêt environnante, la lumière avait disparu. Les pièces étaient glaciales, car le rayonnement de l’œuf d'or n'était plus là pour les réchauffer.
Peu à peu les animaux cessèrent de venir, les oiseaux s'envolèrent, et la jeune fille se rendit compte qu’elle n'avait plus de but dans la vie. Elle oublia le maniement du rouet, sa voix ne fut bientôt plus qu'un murmure et, pour finir, ses bras et ses jambes devinrent rigides, pesants, paralysés. Puis un jour, elle s'aperçut qu’une couche de poussière s'était déposée sur la chaumière ainsi que sur son propre corps immobile. Alors elle laissa ses yeux se fermer et sentit qu'elle sombrait dans le silence et le froid.
Plusieurs saisons après ces événements, il arriva qu'un jour la princesse longeât à cheval avec sa dame de compagnie la lisière des bois obscurs. Après sa guérison miraculeuse, elle avait épousé un beau prince et menait une existence aussi heureuse que bien remplie ; elle se promenait, dansait, chantait et jouissait des immenses ressources de la bonne santé. Elle avait une adorable petite fille qui recevait tout l'amour du monde, se nourrissait de miel, buvait la rosée recueillie à même les roses et avait pour jouets les plus beaux papillons. Comme elle chevauchait le long de la forêt noire, flanquée de sa dame de compagnie, la princesse ressentit le besoin irrépressible de pénétrer dans les bois. Sans tenir compte des protestations de sa camériste, qu'elle entraîna à sa suite, elle dirigea son cheval vers le lisère et entra sous les arbres froids et inhospitaliers. Le silence régnait, nul oiseau, nul animal sauvage ne perturbait l'atmosphère immobile et glacée. On n'entendait que les sabots des chevaux.
 Bientôt elles atteignirent une clairière au centre de laquelle une chaumière disparaissait sous les feuillages.
- Oh, quelle jolie maisonnette ! s'exclama la princesse. Je me demande qui y vit.
La dame de compagnie détourna la tête. L’étrange froid qui régnait dans la clairière la fit frissonner.
- Personne, princesse. Plus personne n'y vit, maintenant. Le royaume prospère, mais il n'y a plus rien de vivant dans les bois obscurs.

***
Écrit par Eliza Makepeace
Conte extrait de "Le jardin des secrets" par Kate Morton










vendredi 29 novembre 2019

L'oiseau enchanté



Il était une fois en des temps très reculés où régnait la magie, une reine dont le rêve ardent était d'avoir un enfant. Elle était malheureuse car le roi, qui partait souvent au loin, la laissait seule dans son grand château sans d'autre occupation que ressasser sa solitude et se demander pourquoi, alors qu'elle l'aimait tant, il supportait d'être si fréquemment et si longtemps séparé d'elle.
Or, bien des années plus tôt, le roi avait usurpé son trône à celle qui en avait hérité de droit, la reine des fées, et le plus beau pays des fées, si paisible, était devenu du jour au lendemain une terre désolée où la magie ne s'épanouissait plus et d'où le rire était banni. le roi en était si courroucé qu'il décida de capturer la reine des fées et de la contraindre à revenir en son royaume. On prépara tout spécialement une cage dorée, car le roi prévoyait de l’emprisonner afin qu'elle lui prodigue sa magie pour son seul plaisir.
Par un jour d'hiver, comme le roi était une nouvelle fois absent, la reine cousait près de la fenêtre ouverte, laissant de temps en temps courir son regard sur la terre alourdie de neige. Elle pleurait, car la tristesse des mois d'hiver avait le don d'accentuer sa solitude. En contemplant le paysage stérile, elle pensa à son ventre, qui l'était tout autant : en effet, il restait vide malgré son vif désir que lui vienne un enfant.
- Oh, comme je voudrais avoir une jolie petite fille au cœur pur et vrai et aux yeux qui jamais ne s'emplissent de larmes ! Alors, je ne serais plus jamais seule.
L'hiver passé, le monde s'éveilla peu à peu. Les oiseaux revinrent et se mirent à confectionner leur nid, on vit à nouveau des biches paître à la lisière des champs et des bois, des bourgeons éclore sur les branches. Lorsque, avec le printemps, les alouettes prirent leur essor dans le ciel, la reine constata avec surprise que sa jupe la serrait à la taille ; elle comprit bientôt qu’elle attendait un enfant.
 Or, le roi n'était pas revenu de tout l'hiver ; elle sut donc qu'une fée malicieuse, cachée tout là-bas dans le jardin d'hiver, avait du l’entendre pleurer de loin et user de sa magie pour exaucer son vœu.
le ventre de la reine s'arrondissait toujours ; puis l'hiver revint et, le soir de Noël, comme la neige tombait dru sur le pays, elle éprouva les premières douleurs de l'enfantement. Le travail dura toute la soirée et, au dernier coup de minuit, la petite fille était née et la reine put enfin contempler son visage. Dire que cette belle enfant à la peau d'une blancheur sans défaut, aux cheveux noirs et aux lèvres rouges comme un bouton de rose était toute à elle !
- Rosalinde, déclara la reine. je l’appellerai Rosalinde.
La reine se prit instantanément de passion pour la princesse Rosalinde, refusant de la quitter des yeux. La solitude l'avait rendue amère, l’amertume l'avait rendue égoïste, et l'égoïsme l'avait rendue soupçonneuse. Elle redoutait à chaque instant qu'on ne lui enlève son enfant. Elle est mienne, songeait-elle; aussi dois-je la garder pour moi seule.
 Au matin du baptême de la princesse, on pria les femmes les plus sages du royaume de venir lui prodiguer leur bénédiction. Toute la journée, sous le regard vigilant de la reine, des vœux de grâce, de prudence et de discernement plurent sur la tête de la petite. Enfin, lorsque la nuit s'insinua peu à peu dans le royaume, la reine souhaita le bonsoir à ses invitées. Elle ne se détourna  qu'un instant, mais quand son regard se reporta sur l'enfant, elle vit qu'une des dames était toujours là. Une invitée venue de loin, à en juger par sa longue cape, était debout près du berceau.
- Il est temps, gente dame, dit la reine. La princesse  a reçu ses bénédictions ; il faut la laisser dormir à présent.
La voyageuse repoussa alors sa capuche et la reine lâcha un hoquet de stupeur, car le visage qu’elle découvrit n'était point celui d'une docte femme mais d'une vieille édentée.
- J'apporte un message de la reine des fées, fit la vieille. Cette petite est des nôtres, elle doit repartir avec moi.
- Non ! cria la reine en se ruant vers le berceau. C'est ma fille. Cette précieuse enfant est à moi !
- A toi ? railla l’aïeule avant de pousser un horrible caquètement qui incita la reine à reculer d'un pas, épouvantée.  A toi, cette ravissante enfant ? Elle t'a appartenu aussi longtemps que nous l'avons voulu, voilà tout. Au fond de ton cœur, tu as toujours su qu’elle était née d'un peu de poudre magique ; eh bien, le jour est venu de la restituer.
Alors la reine fondit en larmes, car le message de la vieille exprimait tout ce qu'elle avait toujours redouté.
- Je ne puis y renoncer, dit-elle. Ayez pitié de moi, l'aïeule, laissez-la moi encore.
Or, la vieille était rouée. A ces mots, un grand sourire s'épanouit sur son visage.
-Je te laisse le choix. Laisse-la partir aujourd'hui et elle mènera une longue et heureuse vie, au côté de la reine des fées.
- Sinon ?
- Sinon, tu peux la garder, mais uniquement jusqu'au matin de son dix-huitième anniversaire. Ce jour-là son véritable destin s'accomplira et elle te quittera à jamais. Réfléchis bien, car plus elle restera à tes côtés, plus ton amour s'épanouira.
- Je n'ai nul besoin de réfléchir, répliqua la reine. Je choisi la seconde solution.
- Alors, elle est à toi... mais seulement jusqu'au matin de son dix-huitième anniversaire !
A cet instant précis, le bébé se mit à pleurer pour la première fois. La reine se pencha pour la prendre dans ses bras, et lorsqu'elle se retourna, la vieille avait disparu.
En grandissant, la princesse devint une très jolie petite fille pleine de joie et de lumière, qui déridait tous ceux qu’elle rencontrait, et ce dans tout le pays. A l'exception toutefois de la reine elle-même, trop dévorée par la peur pour profiter pleinement de son enfant. Quand la petite chantait, la reine ne l'entendait pas, quand elle dansait, la reine ne la voyait pas, pas plus qu’elle ne ressentait d'élan lorsqu’elle lui tendait les bras, tant elle était occupée à calculer le temps qu'il restait avant qu'on ne la lui enlève.
 A mesure que les ans passaient, la reine craignait de plus en plus la sombre et la glaciale perspective de la date maudite. Sa bouche ne sut bientôt plus sourire, et son front se creusa de rides. Sur ce, une nuit, la vieille lui apparut en rêve.
- Ta fille a presque dix ans. N'oublie pas que son destin sera scellé le jour de son dix-huitième anniversaire.
- J'ai changé d'avis, dit la reine. je ne peux ni ne veux la laisser partir.
- Tu as pourtant promis, et cette promesse, tu dois l'honorer.
Le lendemain matin, après s'être assurée que la princesse était sous bonne garde, la reine revêtit son habit de cavalière et fit sceller son cheval. La magie avait été bannie du château, mais il restait un unique lieu où l'on pouvait encore recourir aux charmes et aux sorts. Dans une grotte obscure au bord  de la mer enchantée vivait une fée qui n'était ni bonne, ni méchante. Punie par la reine des fées, pour avoir fait mauvais usage de la magie, elle s'était réfugiée là tandis que le petit peuple magique fuyait le royaume. La reine savait qu'il n'était pas sans risque de quémander son aide, mais elle était son seul espoir.
Elle chevaucha trois jours et trois nuits ; quand elle atteignit la grotte, elle trouva la fée qui l'attendait.
- Entrez, dit la fée. Et révélez-moi l'objet de votre quête.
La reine lui conta l'histoire de l'aïeule, qui avait juré de revenir chercher la princesse pour son dix-huitième  anniversaire ; la fée l'écouta, puis elle hocha pensivement la tête. Enfin, elle déclara :
- Je ne saurais conjurer le sort lancé par l'aïeule, mais peut-être puis-je tout de même vous aider.
- Je vous l'ordonne.
- Je dois cependant vous prévenir, Votre Majesté quand vous saurez ce que je propose, vous ne me remercierez peut-être pas.
Alors la fée se pencha à l'oreille de la reine et lui souffla quelques mots.
La souveraine n'eut pas un instant d’hésitation ; tout était préférable à la perte de son enfant.
- Il faut que cela soit.
- Les désirs de Votre Majesté sont des ordres, acquiesça la fée en lui tendant une potion. Donnez-en trois gouttes tous les soirs à la princesse. Tout se passera comme je vous l'ai dit.  La vieille ne viendra plus vous importuner, car désormais seul pourra s'accomplir le vrai destin de la princesse.
La reine se hâta de rentrer au château, le cœur léger pour la première fois depuis le baptême de sa fille. Trois soirs durant, elle déposa subrepticement trois gouttes de potion dans le verre de lait de sa fille. Le troisième soir, la princesse s'étrangla en buvant, tomba de sa chaise et se transforma en magnifique oiseau, conformément aux prédictions de la fée. Comme l'oiseau voletait dans la pièce, la reine fit apporter la cage dorée qui attendait dans les appartements du roi. On y fit entrer l'oiseau, on referma la porte d'or et la reine poussa un soupir de soulagement. Car le roi avait fait preuve d'ingéniosité ; une fois close, jamais la cage ne pouvait se rouvrir.
- Te voilà sauvée, ma jolie, dit la reine. Tu ne risques plus rien à présent, et personne ne t'enlèvera à moi.
Sur ces mots, elle suspendit la cage à un crochet dans la plus haute chambre de la tour.
Mais voici que tout à coup, aux quatre coins du royaume, la lumière s'évanouit ! Les habitants furent plongés dans un éternel hiver qui fit dépérir champs et récoltes, et rendit la terre inféconde. La seule chose qui retint le peuple de sombrer dans le désespoir était le chant de la princesse-oiseau - aussi beau que triste -  qui s'échappait par la fenêtre pour se répandre sur la terre stérile.
Le temps passa, comme le veut sa nature, et des princes de sang, mus pas la cupidité, affluèrent des quatre points cardinaux pour libérer la princesse ; on racontait que le royaume infertile abritait une cage en or si précieuse que, par comparaison, leur propre fortune n'était rien, et que celle-ci renfermait un oiseau captif au chant si beau que du ciel il faisait choir des pièces d'or. Malheureusement, on ajoutait que quiconque tentait d'ouvrir la cage mourrait aussitôt. La reine, qui trônait jour et nuit dans son fauteuil à bascule, veillait sur la cage afin que nul ne lui dérobe son bien précieux, et riait de voir périr les princes, car e soupçon et l'effroi conjugués avaient fini par lui faire perdre la raison.
Au bout de quelques années, un fils de bûcheron venu d'une lointaine contrée entendit, en entrant dans la forêt, un chant si beau qu'il cessa de travailler et, pétrifié, prêta l'oreille à chaque note. Puis, n'y tenant plus il posa sa hache et partit à la recherche de cet oiseau au merveilleux chant triste.
En se frayant un chemin à travers bois, il tomba sur nombre d'animaux qui lui vinrent en aide ; il veilla à les remercier, car ce fils de bûcheron, plein de bonté d'âme, savait communiquer avec les créatures de la nature. il franchit des buissons de ronces, traversa des champs au pas de course, gravi des montagnes, dormit la nuit dans des arbres creux, ne se nourrit que de baies et de fruits secs et parvint enfin au pied du mur d’enceinte.
- Comment es-tu arrivé jusque dans ces provinces désolées , lui demanda le garde poste à l'entrée.
- J'ai suivi le chant de votre bel oiseau.
- Alors si tu tiens à la vie, tourne les talons ; tout est maudit en ce royaume, et quiconque touche à la cage de l'oiseau triste est pendu.
- Je suis seul et sans armes, et je n'ai rien à perdre, répondit le fils du bûcheron ;mais je dois voir de mes propres yeux la source de ce chant sublime.
 A cet instant précis, la princesse atteignit sa dix-huitième année ; elle entonna son chant le plus triste et le plus beau, car elle pleurait son enfance et sa liberté perdues.
Le garde s'écarta pour laisser passer le jeune homme qui pénétra dans la château et monta jusqu'à la plus haute tour.
Quand il découvrit l'oiseau en cage, son cœur se serra ; il n'aimait guère voir les animaux emprisonnés quels qu'ils soient. de la cage, il ne vit pas l'or, mais seulement l'oiseau. Alors il tendit la main vers la porte, qui s'ouvrit dès qu'il l'effleura. L'oiseau était libre.
Aussitôt, l'oiseau se transforma en belle jeune fille aux longs cheveux ondulant sur ses épaules, couronné d'un diadème d'étoiles d'argent étincelant. des oiseaux quittèrent leurs arbres lointains et vinrent déposer sur elle une pièce d'or qu'ils tenaient dans leur bec, si bien qu'elle en fut bientôt revêtue. Toutes les bêtes regagnèrent le royaume, et les blés et les fleurs surgirent du sol jadis ingrat.
Le lendemain, comme le soleil se levait sur la mer, on entendit un roulement de tonnerre ; six chevaux blancs se présentèrent aux portes du château, tirant une voiture dorée. La reine des fées en descendit, et tous ses sujets s'inclinèrent devant elle. Derrière elle se tenait la fée de la grotte, qui avait fait la preuve de sa bonté en exécutant la véritable volonté de sa reine et en veillant à ce que la princesse Rosalinde soit prête pour le jour où son destin viendrait à sa rencontre.
Sous l’œil vigilant de la reine des fées, la princesse épousa le fils du bûcheron ; la joie du jeune couple était si grande que la magie se répandit à nouveau dans le royaume et que tous les habitants furent à nouveau libres et heureux.
 A l'exception, naturellement de la reine, qui avait disparu. a sa place, on retrouva un oiseau énorme et très laid dont le cri glaçait le sang de quiconque l’entendait. On le chassa du pays et il s'envola vers une forêt lointaine, où il fut tué et mangé par le roi, que sa maléfique et infructueuse quête de la reine des fées avait conduit au désespoir et à la folie.

***
Ecrit par Eliza markpeace
Conte extrait de"le jardin des secrets" par Kate Morton

mardi 26 novembre 2019

Les yeux de l'aïeule


Il était une fois, dans une contrée lointaine, au-delà de la mer scintillante, une princesse qui ignorait qu’elle était princesse, car lorsqu'elle n'était encore qu'une enfant, son royaume avait été pillé et la famille royale passée par le fil de l'épée. Or, ce jour-là, la petite princesse jouait en-dehors de l'enceinte du château. elle ne sut rien de l'attaque avant que la nuit ne descende sur la terre et qu'elle ne renonce à ses jeux... pour retrouver son foyer en ruine. Elle erra quelque temps seule, puis trouva une maisonnette à la lisière d'une sombre forêt. Comme elle frappait à la porte, le ciel courroucé par le saccage dont il venait d'être témoin, se déchira de colère et déversa sur tout le pays une violente averse.
Dans la maisonnette vivait une vieille femme aveugle qui prit pitié de la fillette et décida de la recueillir et de l'élever comme sa fille.Les tâches étaient nombreuses et il y avait fort à faire dans la maison, mais jamais on n'entendit la princesse se plaindre, car elle était une vraie princesse et son cœur était pur. Heureux sont les gens qui ne manquent pas d'occupations, car alors ils n'ont point de temps à consacrer aux raisons de leur malheur. C'est ainsi que la princesse grandit, contente de son sort. Elle apprit à aimer le passage des saisons, le bonheur de semer, cultiver, moissonner. Elle devenait très belle mais n'en savait rien, car l'aïeule ne possédait pas de miroir, pas plus quelle ne connaissait la vanité.
Un soir à souper, comme elle avait atteint sa seizième année, al princesse posa à la vieille - dont la peau était toute plissée de rides là où auraient dû se trouver ses yeux - une question qui l'intriguait depuis longtemps : 
- Qu'est-il donc arrivé à vos yeux, l'aïeule ?
- La vue m'a été ôtée.
- Par qui ?
- Il y a bien des années, lorsque j'étais jeune fille, mon père m'aimait tant qu'il m'a ôté les yeux afin que jamais je ne voie la mort et la dévastation qui sévissent en ce bas monde.
- Mais alors, chère aïeule, vous ne pouvez pas non plus en voir la beauté, remarqua la princesse en pensant au plaisir qu’elle-même prenait à la floraison de son jardin.
- En effet, et il me plairait bien de te voir grandir, toi, ma Beauté.
- N'est-il point possible de retrouver vos yeux ?
- Ils devraient m'être restitués par un messager le jour de mon soixantième anniversaire, répondit l'aïeule avec un sourire sans joie. mais, le soir dit, c'est ma Beauté qui est venue, accompagnée d'une grande tempête de pluie et je n'ai pu aller à sa rencontre.
- Ne peut-on pas aller les chercher maintenant ?
- Non, car le messager ne pouvait pas attendre, et au lieu de me parvenir, mes yeux ont été jetés dans le puits sans fond qui se trouve au pays des choses perdues.
- Ne pourrions-nous pas nous y rendre ?
- Non, car le chemin est long, hélas ! et jalonné de dangers et de privations.
le temps passa, les saisons se succédèrent, l'aïeule déclina, de plus en plus pâle, de plus en plus faible. Un jour, en allant cueillir des pommes pour la provision d'hiver, la princesse la trouva en pleurs au pied du pommier. Elle s'arrêta net, surprise ; elle n'avait jamais vu l'aïeule verser une seule larme. Elle tendit l'oreille, car elle avait vu que la vieille parlait à un oiseau blanc à l'allure solennelle.
- Mes yeux, mes yeux, disait-elle. Ma fin approche et je ne retrouverai point la vue. Dis-moi, toi, l'oiseau plein de sagesse, comment ferai-je mon chemin dans l'au-delà si je ne puis y voir moi-même ?
Sans un bruit, la princesse regagna la maisonnette ; elle savait ce qu'il lui restait à faire. L'aïeule avait renoncé à ses yeux pour lui procurer un abri, sa bonté devait être payée de retour. Bien qu'elle n'eût jamais franchi la lisière de la forêt, elle n'hésita pas une seconde. Son amour pour l'aïeule était si grand que tous les grains de sable de l’océan n'auraient pu en recouvrir l'immensité.
La princesse s'éveilla aux premières lueurs de l'aube et s'aventura dans la forêt ; elle ne s'arrêta qu'en arrivant au rivage. de là, elle fit voile sur le vaste océan menant au Pays des Choses perdues.
Le voyage fut long et difficile, et la princesse alla de surprise en surprise, car au Pays des Choses perdues, la forêt ne ressemblait en rein à celle qu’elle connaissait. Les arbres étaient cruels et hérissés d'épines, les animaux horribles, et même le chant des oiseaux la faisait frémir. Mais, plus elle avait peur, plus elle avançait vite, si bien qu'à un moment elle dut s'arrêter, le cœur battant à se rompre. Elle était perdue. Comme elle sombrait dans le désespoir, l'oiseau solennel lui apparut.
- L'aïeule m'envoie te conduire saine et sauve au Puits des Choses perdues, où tu affronteras ton destin. Grandement soulagée, la princesse suivit l'oiseau, affamée, car elle n'avait rien trouvé à manger dans cette contrée inconnue. Elle finit par rencontrer une vieille femme assise sur un tronc d'arbre abattu.
- Comment te portes-tu, Beauté ?  demanda celle-ci.
- J'ai très faim, mais je ne sais où trouver à manger.
La vieille lui indiqua la forêt, et tout à coup la princesse vit des baies sur les arbustes et, sur les arbres, des noix et des noisettes au bout des branches.
- Oh, merci, ma bonne, dit la princesse.
- Je n'ai fait que t'ouvrir les yeux en te montrant ce que tu savais déjà.
La princesse, rassérénée et repue reprit son chemin à la suite de l'oiseau, mais bientôt le temps changea et le vent fraîchit.
Alors, elle rencontra une deuxième femme, assise cette fois sur une souche.
- Comment te portes-tu, Beauté ?
- J'ai très froid, et je ne sais où chercher de quoi me vêtir.
La vieille lui désigna la forêt, et tout à coup la princesse aperçut des rosiers sauvages aux doux et délicats pétales. elle s'en vêtit et eut bien chaud.
- Oh, merci, ma bonne, dit la princesse.
- Je n'ai fait que t'ouvrir les yeux en te montrant ce que tu savais déjà.
Rassérénée et réchauffée, la princesse continua son chemin dans le sillage de l'oiseau blanc, mais elle avait tant marché qu'elle finit par avoir mal aux pieds.
Bientôt, elle rencontra une troisième femme, elle aussi assise sur une souche.
 - Comment te portes-tu, Beauté ?
- Je suis bien lasse, et ne sais point où trouver un moyen de transport.
La vieille lui montra la forêt, et tout à coup, dans une clairière,  la princesse vit un faon au pelage brun et luisant, un anneau d'or autour de l'encolure. Le faon riva un œil sombre et pensif et la jeune fille, dont le cœur était plein de bonté, lui tendit la main.  Il vint vers elle et s'inclina de manière qu'elle puisse monter sur son dos.
- Oh, merci, ma bonne, dit la princesse.
- De rien, je n'ai fait que t'ouvrir les yeux en te montrant ce que tu savais déjà.
La princesse et le faon s’enfoncèrent de plus en plus profondément dans la forêt, et à mesure que les jours passaient, la jeune fille en vint à comprendre le langage aimable et doux de l'animal. Ils conversaient tous les soirs, et la princesse apprit ainsi que le faon était traîtreusement poursuivi par un chasseur qu'une méchante sorcière avait dépêché pour le tuer. Elle lui fut si reconnaissante de sa bonté qu’elle se jura de le protéger à jamais de ses ennemis.
Malheureusement, l'enfer est pavé de bonnes intentions : le lendemain matin en s'éveillant, la princesse eut la surprise de ne point trouver le faon à sa place près du feu. Dans l'arbre au-dessus d'elle l'oiseau blanc gazouillait, agité ; la princesse se leva d'un bond et s'élança à sa suite. Comme elle s'enfonçait dans le sous-bois, elle entendit pleurer le faon. Elle s'empressa... et découvrit une flèche perçant son flanc.
- La sorcière m'a retrouvé, déclara le faon. Alors que je cueillais des noix et des noisettes pour le voyage, elle a donné ordre à ses archers de tirer. J'ai fui aussi vite que j'ai pu, mais je suis tombé ici.
La princesse s'agenouilla près du faon, et si grande était sa peine devant ses souffrances qu'elle se mit à pleurer elle aussi ; mais ses larmes tombèrent sur le faon et il en émanait une telle vérité et une telle lumière qu'elles guérirent la blessure.
La princesse soigna le faon pendant des jours et des jours ; lorsqu'il fut remis, tous deux reprirent leur voyage vers l'orée des bois vastes et verdoyants. Quand ils parvinrent enfin, ils découvrirent une mer scintillante.
- Non loin d'ici, vers le nord, dit alors l’oiseau blanc, se trouve le Puits des Choses perdues.
La journée s'achevait, le crépuscule s'épaississait, mais les galets luisaient comme des éclats d'argent et éclairaient leur chemin. Ils marchèrent jusqu'à ce qu'enfin, du haut d'un rocher noir sillonné de crevasses, ils aperçoivent le Puis des Choses perdues. Alors l'oiseau leur dit adieu puis s'envola, car sa mission était terminée.
Lorsqu'ils arrivèrent au puits, la princesse caressa l'encolure de son noble compagnon.
- Cher faon, tu ne peux descendre avec moi, car à moi seule incombe ce devoir.
Elle rassembla tout le courage dont elle se savait à présent capable, grâce aux épreuves qu’elle avait surmontées, et sauta à pieds joints dans le puits.
Elle tomba, tomba... Bientôt elle perdit conscience et se retrouva dans un champ dont le soleil faisait luire l'herbe et chanter les arbres.
Soudain, une ravissante fée surgit de nulle part. Elle avait de longs cheveux ondulés, fins comme de l'or filé, et un sourire radieux. la princesse éprouva aussitôt une sensation de paix.
- Tu as fait une longue route, voyageuse au corps las, dit la fée.
- Je suis venue dans l'espoir de rendre ses yeux à une amie très chère. Les auriez-vous vus, ô fée lumineuse ?
Sans un mot, la fée ouvrit la main. Elle contenait deux yeux -deux beaux yeux de jeune fille, qui n'avaient jamais rien vu du mal qui sévissait partout dans le monde.
- Ils sont à toi, dit la fée, mais l'aïeule n'en aura point l'usage.
La princesse n'eut pas le temps de lui demander ce qu’elle entendait par là, car à cet instant, elle rouvrit les yeux et se retrouva près de la margelle et de son faon bien-aimé. Dans sa paume, un petit paquet contenant les yeux de l'aïeule.
Les deux voyageurs retraversèrent le pays des Choses perdues et le périple, par la terre et par la mer, leur prit trois mois. Mais lorsqu'ils retrouvèrent le pays natal de la princesse et parvinrent à la maisonnette, à la lisière de la forêt, un chasseur les arrêta et confirma la prédiction de la fée : pendant l'absence de la princesse, l'aïeule s'était paisiblement éteinte.
En entendant cela, la princesse éclata en sanglots car son voyage se révélait inutile ; mais le faon, qui était la sagesse même, lui enjoignit de sécher ses larmes.
- Cela n'a point d'importance, Beauté, car elle n'avait pas besoin de ses yeux pour savoir qui elle était. C'est ton amour pour elle qui le lui a appris.
La princesse lui fut si reconnaissante des sa bonté qu’elle lui caressa la joue ; alors le faon se changea en un beau prince, et son anneau d'or en couronne. Il lui raconta comment une méchante sorcière lui avait jeté un maléfice l’emprisonnant dans un corps de faon jusqu'à ce qu’une jeune fille belle et pure l'aime assez fort pour pleurer sur son triste sort.
Le prince et la princesse se marièrent et vécurent dans le bonheur et le labeur jusqu'à la fin des temps dans la maison de l'aïeule, dont les yeux veillèrent éternellement sur eux depuis leur écrin sur la cheminée.

***
par Eliza Makepeace
Conte, extrait du livre "le jardin des secrets" par Kate Morton
***
Image : Cindy Grundsten



mardi 10 septembre 2019

Les Cluricaunes




Les cluricaunes sont des esprits d'Irlande apparaissant sous les traits de minuscules vieux bonshommes hauts de six pouces, soit quinze centimètres.
Ils sont vêtus d'un long manteau rouge aux pans attachés par une grosse boucle d'argent, sont chaussés de bas bleus et de souliers à boucle et hauts talons, et sont coiffés d'un bonnet de nuit rouge.
Ils sont cousins des leprechauns, mais autant ces derniers sont revêches et travailleurs, autant les cluricaunes sont gais et insouciants.

Contrairement aux riches leprechauns, les cluricaunes n'ont pas le sou. Mais ils se rattrapent en battant leur propre argent, qui n'a pas cours chez les humains, où il est considéré avec mépris comme de la fausse monnaie. On entend parfois les collines retentir du bruit de leurs marteaux frappant de fausses pièces. L'honorable révérend Kirk confirme ce fait : "Les auteurs anglais eux-mêmes racontent que dans l'île de Barry, dans le Glamorganshire, si l'on approche l'oreille d'une crevasse des rochers, l'on entend toujours distinctement le bruit des soufflets, les coups de marteau, le choc des armures, le limage du fer, depuis que Merlin a enchanté ces êtres souterrains surnaturels en les obligeant à forger, de leurs propres mains, des armes pour Aurélius Ambrosius et ses Bretons jusqu'à son retour ; Merlin ayant été tué dans une bataille et n'étant pas revenu pour faire cesser l'enchantement, ces actifs vulcains sont ainsi condamnés à un travail perpétuel".

Portés sur la bouteille, les cluricaunes ont peu à peu déserté leurs collines pour hanter les caves et les celliers des humains, dont ils se plaisent à boire les bouteilles - ils élisent de préférence domicile chez les buveurs notoires aux caves bien garnies.  Ils ont particulièrement redoutés dans les pubs, où ils mettent à sec en un rien de temps les fûts de Guiness ou de Kilkenny - notamment les soirs de Saint-Patrick.
On dit aussi que ces nains sont à l'origine de la recette de l'authentique whiskey irlandais, distillé trois fois - contre deux distillations seulement pour le whisky écossais. jadis fatigués de hanter les landes humides d'Irlande et perclus de rhumatismes, ils demandèrent aux Irlandais 'autorisation de résider une partie du temps dans leurs caves et leurs celliers, en échange de quoi ils leur confieraient un trésor. Les habitants de l'île verte acceptèrent bien volontiers, car ils croyaient les cluricaunes fort riches - ignorant encore que leurs richesses étaient de pacotille. Mais le trésor en question, s'il avait bien la couleur de l'or, n'en avait pas le goût : il s'agissait du whiskey !
Les Irlandais, pourtant, ne perdirent pas au change et, encore aujourd'hui, ils offrent des libations aux bons cluricaunes en répandant un peu de leur verre de whiskey sur le comptoir des pubs !

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D'après "La petite encyclopédie du merveilleux"
par Edouard Brasey

mercredi 14 février 2018

Bonne St Valentin !

Il y a des gens qui entrent dans notre vie pour une raison,
d'autres pour une saison mais les plus chers comme toi entrent et restent tout le temps.
Or, bien que ces deux ou trois dernières années, je n'ai pas été très présente, je vous souhaite de vivre votre bonheur jusqu'à plus soif ! Profitez de chaque petit moment qui vous enchante, savourez ces mille petits plaisirs au quotidien; c'est ce qu nous possédons de plus cher !!
Bonne St Valentin à tous !!




lundi 29 janvier 2018

Les mardelles

Les paysans du Berry considèrent avec une sorte de terreur superstitieuse plusieurs des mardelles que l'on voit dans cette région.
Voici comment les décrit un archéologue qui les a spécialement étudiées. vers les environs de Châteauroux et d'Issoudun, on rencontre un très grand nombre d'excavations en forme de cônes renversés, trop régulièrement arrondies pour ne pas être l'ouvrage des hommes, et que la tradition populaire signale comme antiques. Elles ont cela de remarquable, que les eaux pluviales n'y séjournent pas, malgré la nature grasse du sol, et ce fait en attestant que al couche d'argile a été percée, prouve encore qu'elles ont été creusées à dessein. Une autre singularité qui les distingue, c'est de ne laisser apercevoir dans leur voisinage aucun vestige des déblais extraits de cavités. On désigne ces espèces de puits sous le nom de mardelles, margelles ou simplement marges. Quelques-unes sont fort redoutées, et l'on évite, la nuit, de passer auprès. Plusieurs, surtout celels connues sous le nom de Trou aux fades, Fosse au Loup, Crot du diable, servent alors de rendez-vous aux fées, aux sorciers et aus loups-garous.
L'une d'elles, sise dans la commune de Saint-Pierre-de-Jards, où il y en a quatorze, est fréquentée à certaines époques de l'année par le diable qui se promène autour d'un grand carrosse attelé de six chevaux noirs qui jettent le feu par les naseaux. Le diable semble en effet être le principal personnage qui hante ces excavations, et quelques-unes, comme le Crot du Diable, à Venesmes (Cher) portent son nom.
Des êtres plus gracieux sont associés aux mardelles : à Allouis (Cher), une fée revenait au clair de lune au Trou à la Fileuse, que l'on appelait aussi le Crot à la Brayeuse ; on en entendait sortir un bruit cadencé semblable à celui que, dans le calme des nuits, produit la braye manœuvrée par les femmes qui broient du chanvre dans la cour des fermes. On fait une sorte de pèlerinage annuel à la Mardelle sainte, où est, dit-on sainte Fauste ; lorsque ses reliques, conservées dans l'église paroissiale, en eurent été enlevées, le
s ravisseurs, frappés de douleurs atroces, laissèrent tomber le corps de la sainte qui, se relevant, alla d'elle-même s'ensevelir au fond de la marelle;

jeudi 5 novembre 2015

Ceci est un test



Mon blog semble perturbé
En cliquant dessus, on se retrouve sur une autre page qui n'a rien à voir avec Mélusine !
Est-ce un bug ? un piratage ?
On vérifie ça et on revient !!

samedi 26 septembre 2015

Protection des abeilles

Plusieurs observances, en même temps qu’elles constatent l'attention que l'on accorde aux abeilles, ont pour but de les préserver des mauvaises influences. Au XVIIe siècle, bien des gens  ne voulaient pas acheter des mouches à miel, mais seulement les échanger, de crainte qu’elles ne profitent pas s'ils les achetaient. Cette croyance est encore très répandue, mais on peut les échanger contre un objet de même valeur.
En Haute-Normandie, on ne doit pas marchander la ruche.
A Guernesey, on la vend impunément si le prix est payé en or ; dans le Lauraguais, contre une quantité de blé ; lorsqu'on donne la cire gratuitement les essaims profitent mais si on la vend, cela leur porte malheur.
Il faut aussi se garder de compter les ruches ; dans les Landes, cet acte leur porte malheur ; dans l'Albret, il y fait venir le blaireau ; dans la Meuse, il suspend ou arrête le travail des abeilles.
Dans les Côtes-du-Nord, on tâche de disposer les ruches de façon à ce qu'on ne puisse facilement les dénombrer, et en Limousin, on en laisse toujours quelques-unes vides.

A la fin du XVIIIe siècle, on croyait dans quelques parties du Finistère comme de nos jours en Basse-Normandie, que si une ruche venait à être volée, les autres dépérissaient, et l'on négligeait dès lors de les entretenir ; en Basse-Bretagne, vers 1830 lorsque les abeilles avaient été volées, le propriétaire qui urinait, avant le lever du soleil, sur l'emplacement de la ruche reconnaissait le voleur ; les cheveux de celui-ci devenaient rouges. On est persuadé dans quelques parties des Vosges que les abeilles ne peuvent prospérer si le bois ou la paille de leur panier provient d'un vol.

L'usage de placer des talismans dans la demeure des avettes est courant en Haute-Bretagne : pour les empêcher de s'en aller, on met entre la pierre et la ruche un fragment de cierge béni ; un morceau d'acier ou de fer placé dessous préserve ses habitants du tonnerre.
Dans les Ardennes, l'essaim est déposé dans une ruche aspergée d'eau bénite. on a vu que les abeilles peuvent être fascinées ; il en est de même des vers à soie ; en Provence, la Mala-vista est contraire à leur réussite ; nombre de paysans du midi partagent cette croyance et ne consentent qu'avec la plus grande peine à laisser pénétrer des étrangers dans leurs magnaneries.

vendredi 25 septembre 2015

Emile Morel, l'imaginaire à fleur de peau

Le volatilisateur d'échappée belle

Né en 1975 0 Lyon, diplômé de l’École nationale des Beaux-Arts de Lyon, Émile Morel vit et travaille à Lyon.

"Je suis un dessinateur compulsif depuis mon enfance, dit-il.Je passais de longues heures à feuilleter les vieux magazines : Pilote, Métal Hurlant, les comics US de mon père, ou devant les nombreuses pochettes de disques de sa collection, tout en écoutant Pink Floyd, King Crimson, Yes et bien d'autres. Puis vinrent les chocs cinématographiques : La Planète sauvage, Le roi et l'Oiseau, Dark Crystal, Star Wars, plus tard Myasaki et Peter Jackson... Moebius, Lovercraft, Tolkien, mon goût pour la fantasy et le space opera est immense. J'habite mes images comme elles m'habitent".

Le monde d’Émile Morel renverse les valeurs. Il est rose sucré, mais inquiétant. Il semble lisse mais dispense une satire amère. Les femmes, offertes et plantureuses, y maternent des hommes enfants parfois replets. Les ciels sont souvent gris, comme chargés d'orage. Le monde d’Émile Morel peut paraitre surréaliste (les titres de ses œuvres le laissent à penser...) : il marie humour et pulsions, décline un bestiaire particulièrement fantastique, cherche un équilibre doucereux entre chien et chasseur, entre peau et écorce. Entre enfance et libido.

Son blog : http://emile.morel.over-blog.com/

FB pour le rejoindre :
https://www.facebook.com/%C3%A9mile-morel-114864750304/timeline/

mercredi 25 septembre 2013

Pagnol n'a rien inventé

A Albert Richard, qui conta quelques histoires de fées, dont quelques tours pendables - quand dans le pays de Dun la réserve de bois, devant la maison, prenait feu, on accusait non pas quelque gamin, mais des fées qui, pour ces méfaits se changeaient en chiens noirs -, on posait cette question :
- Vous nous dites que les fées incendiaient les réserves de bois, qu’elles fabriquaient des onguents dans de grandes marmites au fond de leurs grottes, qu’elles dansaient ensemble dans la forêt... Dites, elles ressemblent fort à des sorcières, vos fées ?
- Ben oui. Toutes les fées n'étaient pas gentilles. La majorité, oui, mais il y avait des exceptions.
- Alors, comment faire la différence entre une sorcière et une fée ?
- Oh ! ça, c'est bien facile. Quand une sorcière est jolie, eh ben, c'est une fée.

C'est exactement ce que Pagnol fait dire à Ugolin dans Manon des Sources : " Quand une sorcière est belle, eh bien, ça s’appelle une fée".

*** 
Tiré de "La Lorraine des légendes"
Par Roger Maudhuy
Éditions France-Empire


lundi 23 septembre 2013

Légendaire code d'amour rapporté par un chevalier breton


C'est au fond de la vieille Armorique, pays des fées et des vierges inspirées, que le code d'amour passe pour avoir été miraculeusement rapporté, André le Chapelain ne nous apprenant ni la date de l’héroïque aventure, ni le nom du chevalier qui accomplit cette entreprise.
Selon la légende, un chevalier breton parcourait les profondeurs de la forêt royale d'Artus, quand lui apparut, montée sur un riche palefroi, une pucelle de merveilleuse beauté, dont la chevelure dénouée flottait au vent.
- Je sais, dit la ravissante apparition, ce que tu viens chercher ici. Or, sans moi, tu ne réussiras à rien.
- Si vous voulez que je vous croie, répondit le chevalier, apprenez-moi ce que je cherche.
- La dame que tu aimes t'a imposé d'aller lui conquérir l'épervier qui se tient sur le perchoir d'or du portique de la cour d'Artus.
- Cela est vrai.
- Eh bien, apprends que tu ne peux obtenir le faucon désiré par ta maitresse, qu'en prouvant, les armes à la main, contre tous les chevaliers de la cour du roi, que la belle dont tu portes les couleurs est supérieure en beauté à toutes les autres. Tu ne saurais, en outre, franchir le seuil du palais, si tu ne montres aux gardes le gant magique, sur lequel doit venir se poster l'épervier enchanté ; ce gant ne s'obtient qu'en triomphant, en champ clos, des deux plus formidables champions de la chrétienté.
le chevalier réclame l'aide de la belle pucelle, dont il avoue ne pouvoir se passer :
- Si vous consentez à m'accorder ma double demande, joute-t-il, je sens que je puis tout braver sans crainte.
Charmée de tant de modestie et d'audace, la fée de la forêt le félicite et lui échange son cheval, familier avec les secrets des grands fourrés de Brocéliande. Bravant tous les périls et s'emparant du gant, notre chevalier trouve, attaché aux gets de l'épervier, un précieux livre dont les feuillets sont d'or, avant qu'une voix invisible lui dise :
- Toi qui as su conquérir le faucon pacifique, emporte avec lui ces pages, où sont gravées les règles d'amour, que le roi d'amour a lui-même tracées, afin de les faire connaître à tous les loyaux amants.
Revenu aux pieds de sa maitresse, le triomphant breton lui fit hommage de ce traité de toute courtoisie, sa dame récompensant sans réserve ses fatigues et sa vaillance. Puis, une cour nombreuse de dames et de barons fut convoquée, sans doute bien des années avant l’avènement de Marie de Champagne, et la maitresse du vainqueur de l'épervier révéla à la gracieuse réunion les règles rédigées par le dieu d'amour, lesquelles furent solennellement promulguées comme lois devant être observées et maintenues à toujours et sans fin, par ceux qui veulent être dignes d'aimer et d 'être aimés.
D'après.... "la vie au temps des cours d'amour" paru en 1876

***

Source : la France Pittoresque, N° 43 - 2e semestre 2013

vendredi 23 août 2013

Pour soigner l'insomnie


Ramassez vers le fin du mois d’août des fleurs de houblon dans les champs, mais seulement les fleurs femelles, à peine mûres, que l'on appelle cônes de houblon.
Faites-les sécher dans une étuve sans dépasser 40°, puis remplissez-en un oreiller.
Il vous suffira de poser votre tête sur cet oreiller pour dormir.

Les cônes de houblon sont traditionnellement utilisés pour leurs vertus sédatives calmant les accès de nervosité et les troubles du sommeil. En outre, ils facilitent la digestion et ont une action galactogène (présence de phytooestrogènes).

Utilisation :
En infusion : 1 cuillère à soupe par 1/4 de litre. A prendre le soir après le repas.

Villes englouties de la Provence


Non loin de la Ciotat, près du lieu où s'éleva Tauroentum, on raconte qu'une irruption de la mer fit disparaitre une ville. Lorsque l'eau est bien tranquille, on voit au fond des traces de murs, de maisons et de jardins ; seule l'église n'a pas subi de dégradation, et on l'aperçoit tout entière avec son clocher.
Dans son roman de La Chèvre d'or, Paul Arène a rapporté une légende semblable qui est populaire chez les pêcheurs des environs de Fréjus.
Près de Saint-Raphaël, on parle aussi d'une cité ensevelie sous la mer, et la croyance est assez enracinée pour que des marins aient plongé pour s'assurer de sa réalité ; ils n'ont point vu la ville, mais ils ont rapporté des briques. Il semble qu’elle est vivante au-dessous des flots ; car il en sort quelquefois des bruits de cloches, et on entend même tirer le canon, circonstance qui est due à un phénomène d’acoustique dont l'explication, assez simple pourtant, échappe aux gens du voisinage ; elle est peu distante des endroits où la flotte de la Méditerrannée vient faire ses exercices à feu.

jeudi 1 août 2013

L'eau des grottes guérissante ou fatidique

Grotte de Saint Honorat
La Provence compte une vingtaine de grottes miraculeuses, et peut-être davantage. Les unes sont simplement révérées d'une façon générale, anonyme peut-on dire, tandis que d'autres étaient l'objet à certaines époques de l'année, de cérémonies religieuses. Le jour de l'Assomption, les fidèles venaient entendre la messe dans celle de Châteauneuf, près de Moustiers. Jusqu'à ces dernières années, on est allé processionnellement à la grotte de Notre-dame de l’Estérel où se trouve une curieuse particularité, qui avait dû exciter de bonne heure l'attention des habitants de la contrée. Elle est disposée de telle sorte que les eaux de la pluie y font une citerne naturelle ; une ouverture s'y trouve placée si heureusement qu'à un certain moment de l’année, un rayon de soleil vient éclairer les parties qui restent dans l'ombre pendant tout le reste du temps.

Ce pèlerinage, ainsi que plusieurs autres, est en relation avec l'eau qui se trouve dans l'intérieur des cavernes. La fontaine formée par les infiltrations dans la grotte de l’Estérel et qui passe pour inépuisable, guérit les maladies, prévient celles qu'on pourrait avoir, fait trouver aux jeunes filles un mari suivant leurs désirs, et rend les femmes fécondes !

L'eau d'une grotte du Chablais possède aussi de propriétés guérissantes. l'eau de pluie qui se conserve dans une cavité de la grotte de sainte Diétrine à Saint-Germain-des-Champs a la propriété de faire disparaître les dartres ; le malade peut envoyer un mandataire qui récite neuf Pater et neuf Ave en l'honneur de la sainte. S'il doit guérir, la pierre de la grotte sue à grosses gouttes ; si elle demeure sèche, tout remède est inutile.

Au XVIIe siècle, on attribuait des vertus miraculeuses à l'eau des bassins des grottes de Féternes en Savoie.

L'eau qui séjourne dans les cavités de la grotte de sassenage (Isère) passait autrefois comme celle de certaines fontaines, pour être prophétique : " on y voit, dit un voyageur du XVIIè siècle, deux creux ronds médiocrement profonds, que la nature a faits dans un rocher solide ; elles sont vuides pendant toute l'année ; mais le jour des Rois, l'eau y entre à travers le rocher, quoiqu'il n'y ait ni trou ni crevasse, et le lendemain il n'y paroit plus ; les habitants du voisinage connoisent à la quantité d'eau qu’elles reçoivent chaque année, si la récolte sera bonne ou mauvaise : l'une de ces cuves annonçant la fertilité du bled et l'autre celle des vignes : et une longue expérience fait voir qu'ils ne s'y trompent jamais"

lundi 1 juillet 2013

Métamorphoses temporaires


Certaines métamorphoses sont temporaires, comme celle de Serpentin vert qui est un prince condamné par une fée à rester sept ans sous cette forme.

Dans un conte limousin, le fils d'un roi est serpent le jour et homme la nuit, et sa pénitence est près de finir lorsqu'une jeune fille vient demeurer avec lui.
Il en est de même du prince de récits basques : il n'a plus que deux jours à passer lorsque la jeune fille qui vivait avec lui dans la forêt, et qui est allé voir son père, reste quatre jours absente ; dans un conte mentonnais, un garçon doit prendre l’apparence d'un crapaud pendant le jour, comme celui qui figure dans un récit de Basse-Bretagne ; alors que celui-ci voyage, les méchantes sœurs de sa femme brûlent sa peau de crapaud, ce qui allonge sa métamorphose qui devait finir au bout d'un an et un jour.

La métamorphose des personnages transformés en reptiles cesse, comme celle des gens changés en bêtes, quand leur sang a coulé.
C'est ainsi que la grosse tortue d'un conte de la haute-Bretagne redevient une jolie demoiselle lorsqu'elle a été blessée par mégarde. Cette condition ne figure pas dans un récit de l'Albret, où pourtant il faut employer la violence pour détruire un enchantement : un jeune homme à qui l'on avait dit que sa fiancée était sorcière, fait venir le curé le soir de la noce, et tous deux en rentrant dans la chambre où devait être l'épouse, virent une belle couleuvre étendue sur le lit conjugal. Après une prière, le curé remit au mari un bâton, en lui disant de frapper sur la couleuvre jusqu'à ce qu’elle fût redevenue celle qu'il fallait ; lorsqu’elle eût été battue elle redevint une belle jeune fille.

Dans un conte wallon, une vieille femme métamorphose des jeunes gens en crapauds, en leur faisant manger des mets magiques.
Une sorcière d'un récit de Lorraine fait, d'un coup de baguette, subir cette transformation à tous ceux qui viennent à son château.
La vieille reine d'un conte de la haute-Bretagne, qui a maudit les fées, est changée en tortue.
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